jeudi 16 février 2017

Circuit en Roumanie. Maramures.



Le 7 septembre 2016, nous sommes partis dans un court voyage-pèlerinage vers la Roumanie. Le matin de bonne heure sur les autoroute de France et d'Allemagne (très bouchonnées, les dernières, mari déçu par l'évolution du voisin!) plus un bout de Suisse, jusqu’en Autriche, où nous nous sommes arrêtés pour dormir dans une pas vraiment petite auberge sur le bord du Danube, à Klein-Pöchlarn, une ville charmante, comme j’ai pu constater pendant une courte promenade avant le petit déjeuner, malgré le brouillard épais qui l’enveloppait.

Et parce que je crois que je suis la première citoyenne d’origine roumaine à traverser cette ville, vu les cygnes qui batifolaient tranquillement sur le fleuve, je considère qu’au moins une photo de l’église locale mérite d’être exposée sur ce blog.



Enfin, un petit déjeuner substantiel plus tard, nous avons repris notre route à travers l’Autriche et la Hongrie pour arriver le plus tôt possible en Roumanie, plus précisément en Maramures, à Vadu Izei.

Après une Hongrie plate et sans intérêt (attention, je parle des alentour de l’autoroute !) où seulement les immenses champs avec des longs rangés de cucurbitacées non-identifiés attiraient notre attention, une belle église (en fait la Cathédrale romano-catholique que j’ai pu photographier au passage) nous montre que nous sommes arrivé enfin à Satu Mare ou Szatmárnémeti, comme indiquent joyeusement les panneaux hongroises (heureusement que je connais le schmilblick, hein !).

Depuis Satu Mare à Sighetu Marmatiei notre route, la DN19, traverse Le Pays Oas, une dépression intramontagnarde, située entre les montages (ben oui!) Oas et Gutai,  considérée comme étant une des régions les plus belles de Roumanie.

Nous dépassons en vitesse quelques villages, en regardant ébahis les nouvelles maisons, une plus somptueuse et plus moche que l’autre, surtout celles de Certeze (c’est un concours sur le thème qui a la maison la plus grande et la plus kitsch, ou quoi ?) et les nouvelles églises, plus ou moins dans le même style.

Et si vous faits une recherche google avec le mot CERTEZE (même pas besoin d’ajouter Roumanie, hein) vous allez comprendre ma stupéfaction en voyant cette débauche de laideur : à croire que le communisme, en falsifiant et manipulant toutes les critères de valeurs, a eu aussi un impact sur les critères esthétiques, ou, plus simplement, le bon gout et le bon sens des habitants de ces contrés !

Heureusement nous dépassons ces villages et la route commence à serpenter dans un splendide paysage des basses montagnes, couvertes par des accueillantes forêts de feuillus. Pas ou peu de trafic, pas des maisons, rien ne trouble la vue, sinon une petite auberge aperçu au détour d’une courbe et que je vais apprendre plus tard qu’il s’appelle «Sambra Oilor», et que c’est sur le plateau voisin que se déroule chaque année une fameuse fête traditionnelle de la transhumance.

Je n’ai pas beaucoup des photos de cette route, car 1. à cause de la vitesse avec laquelle nous circulions, quand je voyais l’objectif à photographier c’était déjà trop tard pour le faire et 2. à un moment donné il faisait déjà trop noir : ben oui, nous avions plus de mille km de route dans nos jambes, pardons, dans nos roues…

Quand même, deux photos, une pour montrer qu’on traversait le pays des cigognes et l’autre avec une de ces nouvelles, et de mon point de vue horribles, églises, qui malheureusement poussent maintenant comme des champignons en Roumanie et que j’ai pu voir dès que j’ai passé la frontière.




Enfin, après avoir dépassé le col Huta, à quelques 640 m d'altitude, la route continue belle et sinueuse jusqu’à Piatra, où elle oblique à droite jusqu’à Sighetu-Marmatiei, en suivant la frontière (actuelle) ukrainienne et la vallée de la rivière Tisa.

De là à Vadu Izei, pour seulement 7km, il nous a fallu plus d’une heure pour trouver la pension Doina où nous avions la réservation. Nous étions même prêts à faire demi – tour, convaincus que notre pensionne n’existe pas, mais, heureusement, malgré l’heure tardive, nous avons rencontré un citoyen qui nous a dit de continuer tout droit au milieu des champs, sur un chemin improbable que notre GPS refusait d‘indiquer.

 Finalement, nous avons trouvé notre gîte et, heureux de l’avoir trouvé, nous n’avons pas protesté d’avoir à porter les valises à travers un long chemin pierreux et sans lumière, ou de ne pas pouvoir diner car en principe la maison ne faisait pas restaurant sauf sur commande spéciale.

Nous nous sommes donc contentés de quelques sandwiches et des pommes que j’ai eu l’intelligence de mettre dans les bagages, après quoi nous nous sommes couché et nous avons dormis comme des loirs jusqu’au lendemain.

Mais, le lendemain matin, nous étions récompensés.

Déjà, le paysage du jardin vu par la fenêtre de notre chambre, un petit verger où deux meules de foins trônaient au milieu d’un espace d’un vert éclatant. Puis le reste du jardin, devant l’auberge. Et last but not the least, la salle à manger, où nous sommes allés prendre le petit déjeuner.

 Décorée de façon plus ou moins traditionnelle, avec des meubles en bois massif et de très belles céramiques de Vama et de la vallée de Iza et au centre des tables des plateaux en bois sur lesquelles trônaient le lard salé et les oignons rouges (slana si ceapa!), comme un rappelle à l’histoire locale. Car, depuis toujours, les hommes qui habitent dans ces lieux, où la terre n’offre pas assez pour vivre, partent travailler ailleurs apportant dans leurs bagages du lard salé et des oignons, justement, car elles se conservent bien et ainsi ils peuvent économiser autant que possible leur argent. C’est la même histoire que celle des Auvergnats, ou des Cantaloups, ou encore des Aveyronnais, pardi… Et, comme eux, les gens d’ici, après des mois de labeurs loin des leurs familles, auparavant sur les chantiers communistes, de nos jours plutôt à l’étranger, retournent toujours dans leurs villages, où ils se construisent ces grandes maisons qu’on peut voir partout, autant en Oas, qu’en Maramures, ou en Bucovine. A croire que les gens sont partout pareils. Sauf que, de mon point de vue, et pas seulement le mien, les habitants de ces régions roumaines sont particulièrement chaleureux et attachants !


 Et là, avant de continuer mon histoire, une petite parenthèse me semble nécessaire. A la fin de l’année 1984 j’ai eu la chance de fêter le Réveillon en Maramures, plus précisément dans le village Harnicesti dans la vallée de Mara !

C’était un hiver très rude, avec -30° et beaucoup de neige et de verglas et les quelques journées passées ici m'ont convainque que, non seulement la région est d’une beauté exceptionnelle, mais les habitants sont aussi extraordinaires, tel que, si je pense à la Roumanie et aux Roumains, les VRAIS ROUMAINS, je pense aux gens de Maramures et aussi, bien sûr, de Bucovine (le pays de mes parents). D’ailleurs, je ne suis pas la seule à penser ainsi.

Et c’est presque une évidence, car sont des régions plus ou moins enclavées, qui ont traversé le temps dans un isolement protecteur qui leur a valu de conserver leur propre civilisation. Protégés comme des forteresses par les montagnes Gutâiului, Tiblesului, Rodnei et Maramures et échappés à la collectivisation forcée et à la tragédie de l’industrialisation communiste, le pays de Oas et le Maramures historiques peuvent fournir aujourd'hui un aperçu réel du passé, de la vie paysanne roumaine  à travers le temps.

Pourquoi je dis ça ? Mais allez-y les voir, simples et dignes et travailleurs et super accueillants et chaleureux.

Habillés dans leurs vêtements traditionnels vivement colorés, avec leur musique envoutante les jours de fête, les hommes qui fauchent encore le foin à la main, les femmes qui ratissent avec des râteaux en bois et  même le foin mis à sécher sur des barres de bois horizontales, ou monté en meules autour d'un mât comme ne se fait plus en France depuis belle lurette…

En 1984 nous sommes venus dans la région sans aucune réservation, sans annoncer personne, sauf une vague promesse faite par le maire, à l'un d’entre nous qui est passé par là pendant l’été, de nous louer la salle de fête pour le Réveillon.

 Et dans les conditions de l'époque nous avons trouvé tous des places  chez les habitants pour dormir et nous étions une cinquantaine, quand même. Et la famille qui nous a logé, moi et quatre autres personnes, ne voulaient même pas recevoir notre argent et après qu’ils l’ont finalement reçu, ils nous ont fait cadeau une bouteille de horinca (une eau-de-vie traditionnelle) « pour la route », laquelle horinca aurait couté plus cher que ce que nous leur avons donné!

 Pendant la nuit de Réveillon, que nous avions passé à la salle de fête du village, le maire et les femmes du village sont venues nous chanter des chansons traditionnelles et le matin de Saint Sylvestre (en fait Saint Basile, pour nous, les orthodoxes) on étaient tous à l’église, pour fêter ensemble la nouvelle année !

Le trois janvier nous avons dû partir de Harnicesti vers Sighet à pieds, car rien ne circulait à cause du froid et quand nous passions dans des villages les gens nous arrêtaient, nous faisaient entrer presque obligatoirement dans leurs maisons pour nous donner à manger et à boire, pour nous réchauffer, car nous avons « un si long chemin à faire par ce froid »…

Et je vous rappelle que c’était en 1984-1985, quand en Roumanie c’était une grande pénurie de denrées alimentaire … A mon grand regret, pendant ce circuit je fus incapable de retrouver la maison où j’étais logée auparavant, pour remercier encore une fois ces gens merveilleux!

 Mais revenons à notre voyage. Après le petit déjeuner, où nous avons quand même évité le plat local traditionnel, c’est-à-dire le lard salé et les oignons rouges, nous sommes partis vers Sighetul Marmatiei, où, pour commencer, j’ai cherché une banque en courant partout, tel qu’à la fin je n’ai pas eu ni l'envie, ni besoin de visiter la ville. Surtout que le nombre incrédible de nouvelles églises apparues dernièrement dans la ville commençait à m’agacer fortement.

Par conséquent, nous sommes partis illico - presto au… cimetière… Le célébrissime cimetière JOYEUX, hein, faut pas imaginer autre chose, quand même …

Attention, dès maintenant nous allons visiter presque exclusivement des endroits qui sont déjà entrés dans le Patrimoine Mondiale de l’UNESCO ! Rien que ça !

Commençons avec ce fameux cimetière. Ben, il nous a bouché un coin, comme dit mon mari ! Car nous avons cru naïvement qu’il y a là seulement quelques croix peintes, comme on peut voir dans tous les prospectus et autres reportages TV. Mais non, pas du tout ! Dès la rue, avec les boutiques de souvenirs (où nous avons profité d’occasion pour acheter quelques petits cadeaux, car autrement, quand je voyage, je n’ai pas le temps de faire les boutiques !) et les traditionnelles cerga, des couvre-lits en laine tissés main, pendues sur la clôture, pour ne pas parler de la foule des touristes (surtout étrangers) et des nombreuses voitures garées à la queue leu-leu, nous nous rendons compte que nous sommes dans un endroit hautement touristique. Et l’ancienne église, bâtie en 1886 et complétement modifiée depuis 2009, richement décorée, toute en or et en faïences bleu, encore en travaux mais brillant déjà de mille feux au milieu d’une marée de croix, elles aussi d’un bleu électrique caractéristique (le fameux bleu de Sapanta !) nous a d’amblée fait comprendre pourquoi.



 Le dit cimetière, devenu au fil du temps un vrai musée en plein air et entré dans le patrimoine mondiale, ben, il est non seulement coloré et beau, mais vraiment joyeux et plein d’humour. Tout a commencé en 1935, quand, à l’initiative du prêtre greco - catholique Grigore Ritiu, un peintre local, Stan Ioan Patras, a sculpté la première épitaphe.

Maintenant il a lui-même sa propre croix dans le cimetière et à part ça il y a environ 800 de croix sculptées dans du chêne, peintes sur toutes les côtés dans ce bleu caractéristique, avec des peintures naïves, des bas-reliefs et de petites poésies qui décrivent d’une manière plus ou moins humoristique la vie de la personne qui y est enterrée.

 Ainsi, par exemple, dans la photo si dessous, il y a l’épitaphe suivant : « Sous cette lourde croix, est couchée ma belle-mère. Si elle aurait vécu encore trois jours, c’était moi sous la croix et c’était elle qui aurait lu. Vous, qui passez par-là, essayez de pas la réveiller, car si elle revient à la maison, elle recommence à m’engueuler ». Il y a aussi l’ivrogne, le malheureux chauffeur, (« Mon Dieu, quelle injustice/De me laisser comme ça mourir/Je venais juste d'obtenir/Mon permis de conduire ») le bucheron, la tisserande, l’infirmière, etc… Toute l’histoire du village au jour le jour !


Après avoir passé un bon moment à étudier toutes les croix &co. nous quittons le village, et nous allons visiter ce que constitue l’âme de Maramures, c’est-à-dire ses villages et ses campagnes intactes, où la civilisation du bois se déploie en toute sa splendeur, avec les maisons au toit en bardeaux de bois, les impressionnantes églises, certaines classées UNESCO, visibles de loin en raison de leurs audacieux clochers qui leur donnent tant d’élégance et de majesté et, enfin, les fameuses portails en bois sculptés, véritable “arche de triomphe” rustique traditionnel qui délimitent les propriétés paysannes du monde extérieur.

À propos de ces portails, dont la symbolique est expliquée largement sur internet, à ma visite précédente dans la région notre hôte avait une grande maison moderne toute neuve, avec un magnifique portail, qui semblait un peu disproportionné, surtout qu’il coutait presque autant que la maison. Alors je lui ai posé la question « pourquoi ce portail ? »
Et sa réponse, qui m’a beaucoup impressionnée, a été, « parce que c’est beau et ça dure » !

Mais, continuons la visite! Les églises roumaines de Maramures et, plus généralement, de Transylvanie, sont non seulement une véritable prouesse d’architecture en bois, vouées à réveiller l’admiration de mon bricoleur de mari, mais la signature même du peuple roumain, la preuve tangible, au milieu des vieux cimetières qui les entourent, de son existence millénaire sur ces terres, car les églises qui nous ont parvenus ont été construites au XVI et XVIII siècles sur le modèle des bâtiments antérieurs, sur des techniques ancestrales, utilisées depuis toujours pour l’habitat.

 Par ailleurs, les cimetières eux même, par leur aspect, représentent un sort d’héritage de nos ancêtres, les daces, qui considéraient la mort à peu près comme un changement de pays.

Fleuris, pleins de verdures, avec des arbres fruitiers tout autour, plus joyeux encore que le dit cimetière de Sapanta, les cimetières dans ces villages sont des vrais lieus de vie, rien à voir avec les cimetières auvergnats, par exemple.
Pour pruev, une photo d'un beau cimetière auvergnat, dans le cadre splendide des Combrailles qui se ressemble à la région roumaine dont le cimetière de la deuxième photo fait partie.




Mais, je vais m’arrêter ici, il y a assez des livres, des articles et des blogs sur internet qui décrivent la zone, l’architecture locale&co. Quelques images valent mieux, je pense, que toutes les paroles que je pourrais écrire ! Autrement, quoi dire ?

Nous avons visité les églises les plus importantes, celles qui sont dans le patrimoine UNESCO http://whc.unesco.org/fr/list/904/ (Desesti et Ieud-Deal, la plus vieille église en bois de Roumanie),  mais aussi le monastère Barsana, où nous avons eu le plaisir de parler à des ouvriers qui travaillaient à la construction d’un nouveau bâtiment, ou Rozavlea, où j’ai eu le plaisir de voir qu’ils étaient en train de restaurer les icônes… Nous avons passé et repassé jusque tard dans la soirée dans toutes les villages entre les rivières Mara et Iza, Budesti, Sarbi, Harnicesti &co, sur des routes que mon mari a trouvé bonnes, nous avons pique-niqué dans un trou de verdure, une belle prairie au-dessus de Breb et sa nouvelle église, et, enfin, la nuit venue, nous sommes revenues à notre pension pour un diner traditionnel sous un auvent aux chandelles, car cette fois nous avons été prévoyant et nous l’avons commandé le matin ! Voilà les photos. Pas besoin d'insister sur mes sentiments concernant ces images! Plus intéressant c'est que mon français de mari, auvergnat de Combrailles, a été lui aussi enchanté de ce qu’il a vu! Au point qu’il est prêt d’y retourner pour une vacance plus longue, éventuellement même pour y vivre, lol…

L'église de Desesti:


Desesti

Ieud Deal

Une belle fresque à l'intérieur de l'église de Ieud Deal et l'intérieur de l'église de Rozavlea.


Eglises de Rozavlea, Breb, Budesti, Barsana et des paysages entre Iza et Mara, dans les villages Budesti et Sarbi, au-dessus de Breb et à côté de Barsana.





http://brebenei.blogspot.fr/2016/03/vietnam-du-nord-au-sud-en-10-jours-jour.html
Bucovine..à suivre

mercredi 15 février 2017

Circuit en Roumanie. Bucovine.

Nous quittons le matin de bonne heure, non pas sans un point de regret, notre belle pension de Vadu Izei et les champs verdoyants qui entourent le village et nous reprenons la route, cette fois la DN18, vers le col de Prislop (1416m), passage obligé pour la Bucovine à travers les montagnes Maramures et Rodna, (pour ceux que ça intéresse, ces montagnes font partie des Carpates Orientales et sont situées dans le Nord de la Roumanie, vers la frontière de l’Ukraine. Leur plus haut sommet, Pietrosul Rodnei, atteint 2 303 mètres d'altitude).




Le temps est superbe et le paysage est aussi magnifique que je me l’imaginais !

 Ah, que la montagne est belle, comme chantait Jean Ferrat. Surtout quand elle est  couverte (encore !) des forêts de résineux de taille aussi impressionnante et que des torrents limpides déambulent vertigineux au milieu.


 Nous traversons sans nous arrêter deux ou trois villages où nous croissons peu de monde, sauf un petit troupeau de moutons que j’ai décidé de montrer, même si la photo n’est pas de bonne qualité, car faite en vitesse et à travers le pare-brise de la voiture.

Je démarre ainsi une série des photos avec le thème «l’argent de Roumanie», parce que j’en ai marre d’écouter des phrases comme « ben oui, avec l’argent de l’Europe », dès qu’on parle des changements positifs en Roumanie. Comme si les Roumains restent les mains croisées en attendant que la banane européenne leur tombe dans la bouche : tous ces paysans qui vendent leurs fruits et confitures devant leurs portes, qui ramassent le foin à l’ancien, en se crevant sur les montagnes, où qui travaillent sans rechigner sur les chantiers où les champs de l’occident… on ne peut pas dire qu’ils attendent l’argent de l’Europe, quand même !

Pour ne pas parler de toutes ces usines et autres multinationales installées là-bas, à cause d’une main d’œuvre pas seulement bon marché, mais aussi très qualifiée !

 Vous pouvez me dire, mais pourquoi pas avant ? La réponse est simple: à cause du système.

Je ne fais pas ici la théorie du communisme « qui détruit l’esprit du travail et d’initiative », et qui amène au pouvoir des gens non-qualifiés, pour des raisons autres que leurs compétences, (ah, la discrimination " positive") car, avec tout ce partage à l’outrance, les Français vont comprendre par eux-mêmes et assez vite le schmilblick. Ce qui est une évidence pour ceux qui veulent vraiment comprendre, c’est le fait que les Roumains, même dans cette « démocratie » qui n’a pas été  vraiment une, même dans ce capitalisme sauvage qui s’y est installé après la chute de Ceausescu, commencent à se réveiller et à s’en sortir de mieux en mieux.

On peut ainsi imaginer qu’est-ce qu’aurait pu être la Roumanie sans tous ces années de communisme, comme on peut aussi imaginer qu’est-ce que va devenir la France si sa politique actuelle continue.


Mais, revenons à notre voyage. Encore une fois le soleil brillait sur un ciel sans nuages et la route était bonne, sauf, si je me souviens bien, une seule partie carrément défoncée et en travaux, mais, sans croiser grand monde, nous avons pu circuler tranquillement et admirer le paysage en nous arrêtant même pour prendre des photos quelque part après Moisei. Et nous voilà enfin arrivés au col de Prislop, qui est, semble-t-il, mentionné dans le livre de Bram Stocker, Dracula, livre que je n’ai pas lu, car j’ai trop de respect pour le personnage réel, Vlad Tepes.

Et je dois dire que j’étais déçu ! Non pas par le paysage, car il est toujours merveilleux, avec tous ces massives montagneux autour, Gutai, Rodna, Maramures, Ignis, Tibles, Lapusului, couverts  de l’herbe encore plus verte qu’ailleurs ("Green, Green Grass Of Home” hein!).

Mais j’ai eu un choc en voyant les horribles bâtiments au milieu. Et encore plus quand j’ai vu l’état des deux toilettes métalliques où j’avais un besoin assez urgent d’y aller !



 Un de mes anciens collègues m’a d’ailleurs prévenue, mais quand même, j’étais tellement furieuse que j’ai abordé un jeune qui passait par là, en espérant qu’il était prêtre. Manque de pot, ou pas, il ne l’était pas et il a approuvé de tout cœur ce que je lui crachais et même plus que ça, en disant « mais madame, ces églises, sont une grosse affaire immobilière, il y a beaucoup d’argent en jeu et beaucoup de corruption aussi », ce que la propriétaire du petit restaurant du coin, où finalement je suis entrée, m’a confirmé, en se plaignant du manque des moyens dont elle dispose, en étant obligée d’utiliser ses propres panneaux solaires &co pour tenir son petit commerce (qu’ainsi elle ne peut pas agrandir !), pendant qu’au monastère d’à côté, où il n’y a pratiquement personne, la nuit c’est une débauche de lumière, avec l’électricité nationale, etc…

 En espérant que des gens vont lire mon blog, je mets ici une photo de son restaurant, pour lui faire au moins un peu de publicité !

Enfin, le col de Prislop passé, nous avons continué notre route en laissant derrière nous les montagnes Rodna, et en entrant de plein pied en Bucovine, où nous allons à la rencontre d’une autre rivière, tellement vertigineuse que les anciens l’ont appelé Bistrita, du mot быстрo, qui en russe signifie rapide.

 Nous allons traverser la partie la plus belle de cette région, les Obcines de Bucovine, un ensemble de petites et moyennes montagnes et de collines dont l’altitude moyenne se situe aux alentours de 1200 mètres.

Dès le premier village, l’architecture des maisons est bien différente de celle de Maramures, mais le paysage reste le même, c’est-à-dire magnifique.

 Nous rencontrons le premier campement sauvage de Tsiganes, au milieu des montagnes, au bord de la rivière, avec des enfants presque nues trainants dans une misère extrême. Il y aura un autre sur la route Transalpina, entre Transilvania et Olténie, mais c’est tout ce qu’on a vu comme campement sauvage dans notre périple à travers la Roumanie. Apparemment, les peu nombreux qui restent en Roumanie (car non partis dans l’occident) sont dans les montagnes car c’est la période des champignons, preuve la tsigane que nous avons vu un peu plus tard sur la route et qui vendait des cèpes (hribi), des giroles et autres amillaires et avec qui nous avons longtemps rigolé !… Je ne parle pas, of course, des tsiganes sédentarisés et… dirais-je, roumanisés, car nombreux sont docteurs, ingénieurs, professeurs, ou... informaticiens (j’avais même de très, très sympathiques collègues à l’époque).

Nous dépassons Carlibaba et, un peu plus loin, le village-musée Ciocanesti nous surprend avec ses maisons décorées de motifs géométriques que je n’aime pas tant que ça, mais quand même, vue l’heure, j’accepte de nous arrêter au premier restaurant « civilisé » au bord de la route, c’est-à-dire le restaurant de la pension GABIMAR, où, sous l’impulse de mes souvenirs, je commande « mititei » et « papanasi » à la confiture de myrtilles.





 Ben, ce n’était pas vraiment le top, je dois le dire, même si l’accueil a été à la hauteur. Tel que je n’ai plus osé commander de nouveau ces plats en Roumanie : ah, les papanasi mangés auparavant à la côte 1400 à Sinaia après une journée de ski ! Ne peux pas faire des bons papanasi qui veut, hein…

Ventre plein nous continuons notre voyage sur DN18 pour tourner à gauche après quelques minute sur DN17 sans nous arrêter jusqu’au col de Mestecanis situé au Sud-Est-ce l’Obcine Mestecanis à une altitude de 1096 m, entre celle-ci et le Massif Giumalau, où nous nous arrêtons pour admirer les vaches en liberté qui traversent la route sans regarder les camions et sans se soucier de nombreux spectateurs, car oui, nous sommes en week-end et des gens en vadrouille commencent à apparaitre et avec eux les papiers jetés partout aussi !



On reprend de nouveau la route dans un paysage bucolique, à la fois grandiose et attachant, avec des vallées verdoyantes où se dressent des meules de foin comme dans les tableaux de Claude Monet, avec ici et là des modestes abris de bergers et des petits villages circonscrits par des douces collines, le tout respirant un calme imperturbable et une majestueuse sérénité. Sont les plus beaux paysages de Bucovine, le doux jardin, comme la chantent les poètes! Pour moi c’est ici « l’espace mioritic », « la matrice stylistique, inaliénable, de l’esprit ethnique du peuple roumain » dont parlait Lucian Blaga (http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2001.beauchene_s&part=38083).


Encore une petite heure de route entre les montagnes et les forêts, accompagnés gentiment par la rivière Putna et nous arrivons à Moldovita, la première des fameuses monastères peintes que nous allons visiter. Je ne vais pas décrire l’histoire de ces monastères peints de Roumanie, monastères que j’ai vus pour la première fois il y a plus de 50 ans. J’étais alors accompagnée de mon feu cousin germain, Ilarion Hurjui, professeur émérite d’histoire au lycée de Radauti, admirateur enthousiaste et grand connaisseur des moindres détails concernant l’architecture et les peintures de toutes les monastères de la région. Je me souviens, par exemple, qu’à l’époque personne ou presque n’allait voir l’église d’Arbore, dont la clé c’était le beau-père de mon cousin qui la gardait ! Maintenant elle est inscrite dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. http://whc.unesco.org/fr/list/598/multiple=1&unique_number=1728 Bien sûr que j’ai adoré revoir ces monastères et mon plaisir était d’autant plus grand que mon mari, à qui j’ai voulu montrer ces trésors, les a admiré et aimé autant que moi, lui qui était déjà venu en Roumanie avant de me connaitre, sans passer par-là. En plus, comme il le dit, avec moi ce ne sont pas que les paysages et les monuments, mais aussi les rencontres, souvent, disons… « dramatiques ».

Ainsi, à Moldovita, sur une grande allée bordée d’arbres qui mène vers l’entrée, une vieille femme nous a demandé de l’argent pour une maison de retraite. Je lui ai donné de l’argent mais je n’ai pas pu m’abstenir de lui dire que tous ces prêtres, au lieu de mettre de l’argent pour construire tant des nouvelles (et moches) églises, ils feraient mieux de donner de l’argent pour les vieux. Et alors, en réponse, après qu’elle a inscrit soigneusement dans un cahier mon nom et la somme que je lui ai donné, a commencé a chanté une chanson tellement triste (un cintec de jale) que j’ai commencé à pleurer, à la stupéfaction de mon mari qui, en me voyant pleurer et ne comprenant rien, a versé lui aussi quelques larmes…



De Moldovita, en laissant derrière nous l’Obcine de Feredeu, nous continuons notre route jusqu’au col de Ciumârna, à 1100 m altitude, traversant Obcina Mare sur une quinzaine de kilomètres et reliant La Vallée de Moldovita au Plateau de Suceava.

Là, encore un monument, cette fois héritage du réalisme socialiste, défigure le paysage ! Au moins celui-ci peut être plus facilement démantelé, ce que, vu le nombre de citoyens qui se bousculent pour se photographier devant, ne va pas arriver de sitôt, malheureusement !

Je dis ça, je dis rien, car le monument en forme de main humaine (d’où l’autre nom de « Palma » sous lequel le col est connu) est un symbole de la construction de cette route lorsque les deux équipes, venant des deux directions opposées, se sont réunis ici en 1968, et se serrèrent la main.

Ben, je dois quand même reconnaitre avec honte que, avec tout mon respect pour ce travail acharné (et en conditions que je n’ose pas imaginer) les vaches en liberté qui passent la route sans regarder les camions, m’ont impressionné beaucoup plus ! Autrement, le paysage offre peut être les plus beaux panoramas sur la Bucovine.


Nous continuons notre route vers Sucevita où la visite allait se dérouler sans aucun évènement notable, sinon le pur plaisir de visiter le monastère, une vrai forteresse médiévale dont les murs d'enceinte atteignent 6 mètres de haut, ont 3 mètres d'épaisseur et sont flanqués de quatre tours de guet. Au milieu de cette forteresse, la magnifique église dont les fresques extérieures et intérieures, représentant des cycles historiés de la Bible et des Saintes Écritures, suscitent l'admiration et l'incompréhension de tous les connaisseurs. Car, surtout pour les fresques extérieures, personne n'a compris encore quel était le secret des anciens pour réaliser des peintures aussi résistants dans un climat particulièrement rude.



 Puis nous sommes allés vers Putna, où, par contre, ça la visite a été vraiment autre chose.

Déjà, avant le monastère, deux femmes accompagnées par une petite fille auxquelles nous avons demandé une information, nous ont prié de prendre la plus jeune et la petite dans la voiture pour les amenées au monastère, ce que nous avons fait en libérant un peu les sièges arrières, sans vraiment comprendre que ce n’était pas le monastère que nous voulions voir, mais un nouvel où il y a un prêtre qui est censé faire des miracles. Car la jeune femme de 32 ans, la pauvre, avait une forme de sclérose en plaques que les docteurs roumains qu’elle avait consultés ne savaient pas soigner ! Sans commentaires !

Et même, après je n’ai pas voulu visiter ce monastère-là, malgré le fait que la pauvre femme nous disait qu’il est beau à l’intérieur. Beau ? Surtout clinquant, je suppose !

Maintenant, parlons Putna, le vrai ! Qui n’est pas inscrit dans la liste du Patrimoine Mondiale UNESCO.

Ce monastère, fondé en 1466 par Stefan cel Mare (Etienne le Grand), qui y est enterré, a une grande importance non seulement pour le peuple roumain en général (le grand poète national Mihai Eminescu a évoqué le monastère comme étant la "Jérusalem du peuple roumain" et le tombeau de Saint Etienne le Grand, "l'autel de la conscience nationale») mais encore plus pour moi et ma famille.

Et non seulement parce qu’il est à quelques kilomètres du village natal de ma mère mais parce qu’il a une place très importante dans l’histoire de ma famille. Car en 1926, quand, au cours d’une grande cérémonie, le buste en bronze de Mihai Eminescu a été dévoilé dans la cour du monastère de Putna devant une foule d’étudiants de Bucovine et tout particulier de Cernăuți, ma maman a été invité sur scène pour réciter une poésie écrite par le poète : « De la Nistru pin’la Tisa, Tot romanul plinsu-mi-s-a, Ca nu mai poate strabate, De atita strainatate » !

 Cet évènement a eu une tel importance pour ma mère, elle nous l'a tellement souvent raconté, qu’après sa mort, une de mes nièces (merci encore une fois, Corina) a eu l’idée d’écrire ces vers sur sa tombe !


Et là, j'ai fini l’histoire de notre visite en Bucovine, ou presque.

Le lendemain nous avons parcouru La Bucovine en marchant en permanence dans les pas de mes parents.

Partout, les noms des villages réveillaient en moi des souvenirs : à Vicov de Jos, mon grand-père allait à l’école en parcourant 7 kilomètres à pieds à travers les montagnes, ma mère a eu son premier poste dans l’enseignement à Bilca, etc…

Nous avons aussi visité mes cousines, avec lesquelles nous sommes allés voir les tombes de mes grandes parents et tantes et oncles, de la part de ma mère. Pour ceux de mon père, lui aussi d’un village de Bucovine, (maintenant), nous sommes allé jusqu’à la frontière avec Ukraine, tel que mon opérateur Bouygues, qui avait promis la gratuité pour l’Europe, m’a fait payer les recherches google, en disant que le serveur était en Ukraine. Dans le village de mon père, autre moment émotion : les seuls deux personnes que j’ai rencontré en parcourant toutes les rues à la recherche du cimetière ont était, l’une, la filleule de la sœur de mon père et l’autre, son vieux père, a été témoin à ma naissance, c’était même lui qui était parti en courant pour chercher la sage-femme !

Encore deux photos pour montrer comment sont les cimetières dans cette région. Malheureusement, des tombes, comme les maisons, comme tout, finalement, commencent à être influencés par d'autres modes, venues d'ailleurs. Mais, en voyant que le port des costumes nationaux recommence à devenir une tradition, au moins pour les messes à l'église et pour les jours de fêtes, peut-être il y a encore de l'espoir.



Deux photos pour montrer larégion de mes parents, c'est à dire la portion orientale de la Bucovine, qui est une plaine agricole prospère, à peine ondulée, qui suit le cours paisible de la rivière Siret, affluent du Danube.


 Apres cette visite, épuisés par tant d’émotion, nous avons repris notre route qui mène vers le pas Prislop, en tournant cette fois à gauche après Mestecanis, direction Vatra Dornei, où nous avions réservé une chambre à l’hôtel Belvédère.

Encore quelques photos de cette dernière route.




Maramures
Sighisoara, Transfagarasan, Curtea de Arges..à suivre