samedi 10 février 2018

Week-end à Rome. Septembre 2017.




Bien sûr, je voulais depuis toujours  visiter Rome! Et voir de mes propres yeux la Chapelle Sixtine! Et la fameuse fontaine Trevi ! Et les Forums romains. Et le Colisée… Déjà que j’adore l’Italie, mais, en plus, depuis l’enfance on me répète sans cesse : « tous les chemins mènent à Rome » ! Alors pourquoi pas les miennes ? Logiquement il fallait y aller, hein…

 Mais j’aurais préféré le faire librement, pour me perdre dans les rues, flâner sur le bord du Tibre, sentir les odeurs et parler avec les Romains… Pas dans un voyage organisé où on est obligé de suivre le guide, en occurrence une guide, de surcroit la nôtre vachement ennuyée d’être obligée à perdre son temps et son énergie avec nous, surtout dans les églises, elle, qui s’est déclarée d’amblée et avec fierté, comme si c’était un grand mérite, non-croyante.

 Quoique : le voyage organisé à quand même ses avantages  lui aussi! Par exemple, éviter les queues à l’entrée des musées. Et de toute façon, mieux un voyage organisé que rien.. 

 Et… nous voilà donc un samedi matin sur la place d’Espagne, pour commencer notre visite de la Rome baroque !
Remarquez, je ne commence pas avec le voyage en avion (difficile, comme d’habitude, car Clermont-Paris, changement de terminal, attente… et enfin Paris-Rome) l’hôtel, le restaurant et autres aspects pratiques de notre voyage, sans intérêt particulier, sauf peut-être une éventuelle critique sur ce qui est devenue notre agence de voyage, Nouvelles Frontières, après avoir fusionné avec « le numéro 1 mondial du voyage », c’est-à-dire TUI, l’agence allemande au nomme d’oiseau!(https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9liphage_tui) .

Mais tant que je n’ai pas fait un voyage en Italie avec une autre agence, pour pouvoir comparer, je ne vais pas me permettre un jugement définitif. Même si, après une guide médiocre à Rome et des repas aux pates à toutes les sauces midi et soir pendant une semaine, le lamentable hôtel à Sorrente, loin, très loin des trois étoiles annoncées dans le prospect, était la goutte qui faisait déborder le vase...

De toute façon, on était là pour visiter, pour voir, les repas &co. n’avaient pas trop d’importance… Donc, revenons à la visite proprement dite ! Après un court trajet en métro et quelques pas dans les rues de Rome, nous voilà au milieu de la Place d’Espagne.


Première impression? La foule. Immense ! Compacte. Joyeuse et colorée.

On se croirait dans une gare, ou dans une foire, ou plutôt dans…"un musée à ciel ouvert", pour utiliser le cliché des gens "branchés".

En tout cas, là, on a vraiment intérêt de rester groupés, pour ne pas se perdre. Avec les écouteurs aux oreilles on pouvait bouger juste sur un rayon de 3 ou 4 mètres autour du guide, laquelle guide nous donnait les informations savantes concernant l’art baroque, ignorant allégrement les détails « insignifiants » sur les bâtiments qui entourent la place. Grand inconvénient du voyage organisé ! Frustrant et fatigant…

Deuxième impression ? Du déjà vu… Et c’est même normal si on réfléchit : non seulement Rome et son architecture renaissance et baroque ont inspiré l’architecture de toutes les grandes villes du monde, mais en plus nous avons vu tant des films dont l’action se passe dans ses rues, que forcément tout nous est familier… Remarquez : au moins ici nous avions eu l’occasion de voir l’origine des choses…

Alors, comme je le disais, nous avons commencé notre visite à Rome sur la théâtrale place d’Espagne. Occasion de bien comprendre ce que le baroque signifie, et comment il réussit à s’imposer à une certaine époque, en intégrant des bâtiments de différents styles architecturaux. Ainsi, cette place, avec le gotique tardif de l’église française de la Trinité-des-Monts, ou la façade renaissance du palais di Propaganda Fide du côté sud de la place, devient une belle place baroque seulement en ajoutant un somptueux escalier et une belle fontaine en forme de barque échouée qui prend l'eau, (d’où son nom, Barccacia), en souvenir d’une grande inondation où les habitants ont pu voir le pape traverser en barque les rues adjacentes.

Pour une touche finale théâtrale, le pape Pie VI fait placer en haut de l'escalier d'Espagne, devant l'Église, un des obélisques en granit rouge d’Assouan importés à Rome après le règne d'Auguste, en le couronnant d’une fleur de lys, comme une délicate attention à l'égard de la France. Sans entrer dans des détails, il me semble quand même intéressant de mentionner ici quelques informations glanées sur internet.

Ainsi, on sait qu’au 16e siècle la place et les environs étaient la propriété de l’état espagnol, grande puissance mondiale de l’époque, qui y a installé la première ambassade à Rome dans le palais situé au no 56, actuellement toujours propriété de l’état espagnol, mais avec une autre utilité.
(" Stabilimenti Pii Regi Spagnoli Opera Pia Ente Morale" . La France possédait elle aussi une propriété sur les hauteurs, face à la place, où Louis XII fit construire l’église de la Trinité des Monts. C’est toujours la France qui commanda plus tard le grand escalier baroque pour faciliter l’accès à l’église. Ainsi, longtemps les espagnols et les français rivalisèrent d’influence, à tel point qu’on nomma cette place, tantôt ” Place d’Espagne ” tantôt ” Place des Français ». Au 18e siècle, ce fut le tour des Anglais d’envahir les lieus, au point que l’endroit prit le nom de ghetto des anglais. Ainsi, Shelley, Byron, Keats, par exemple, y ont vécu.

De nos jours, du côté droite du monumental escalier, en regardant vers l’église, on trouve la maison de Shelley et du côté gauche le Babington’s Tea Rooms, le plus ancien salon de thé de Rome, fondé par deux anglaises en 1893, très apprécié par les amateurs de thé, et pas seulement par snobisme…



Après avoir rempli nos bouteilles avec l’eau, très bonne et très fraiche, de la Barccacia, nous nous dirigeons vers la place Mignanelli qui prolonge au sud la place d’Espagne. Le temps de faire une photo de la Colonne de la Conception Immaculée érigée devant la façade renaissance du palais di Propaganda Fide, œuvre de Gian Lorenzo Bernini, (le fils du Bernini, le réalisateur de la Barccacia) et nous continuons à la queue leu leu sur la rue du même nom, sans trop avoir le temps d’admirer l’architecture de la façade latérale du palais, toute en courbes, coquillages et guirlandes, encore moins de connaitre l’histoire de la manière dont son auteur, l’architecte Borromini, a remplacé Bernini à la morte du pape Urban VIII, son protecteur.

Heureusement, je sais faire des photos et trouver après les informations sur Internet…

Ainsi, à part l'histoire de la rivalité entre ces deux architects, je sais maintenant que la vitrine qui a attiré mon attention sur la façade baroque du palais di Propaganda Fide est une exposition expérimentale conçue par le designer Herzel di Bach, qui veut ainsi démontrer la « contamination artistique entre architecture et mode » et que l’imposant bâtiment situé au sud c’est l’église catholique Saint Andrea delle Fratte, elle aussi l’œuvre de Borromini et le Bernin. Contaminés ou pas ? A vous de le dire...

Nous, on traverse le Largo del Nazareno et on continue sur la rue du même nom où, au numéro 9, il y a une vieille porte (impressionnante de mon point de vue : preuve, la photo) qui permet l’entrée dans l’aqueduc Virgo inauguré au mois de juin de l’année 19 av. J.-C et encore en fonction de nos jours. C’est d’ailleurs son eau qui alimente les principales fontaines de Rome, Barccacia, Trevi, la fontaine des quatre fleuves de la place Navona, etc...

L’entrée dans l’aqueduc est nécessaire pour vérifier son état, mais des visites organisées sont aussi possibles. La visite n’étant pas prévue dans notre programme, nous avons seulement admiré un peu plus loin, derrière les rampes et au-dessous du niveau de la rue, trois travées de travertin de l’aqueduc que j’ai vite photographiés. Of corse, on ne peut pas voir l’inscription laissée parait-il quelques 65 anées plus tard par l’empereur Claudius sur l’architrave, mais ceux qui l’ont vu disent qu’il a voulu souligner qu’il a fait reconstruire ce que son prédécesseur, Caligula, a détruit en utilisant la pierre pour la construction de son amphithéâtre.



A vrai dire, pendant toute l’histoire de Rome et même de l’humanité, les uns n’ont pas cessé de détruire ce que d’autres ont construit. Encore, au moins Caligula a utilisé la pierre de l’aqueduc pour construire quelque chose, mais l’histoire est pleine d’exemples des gens qui ont détruit pour détruire et pas mal des monuments ont été transformé en poussière ou ont été engloutis par la boue. A Rome, comme ailleurs et même de nos jours, hélas !

Enfin, nous traversons la via Tritone vers via della Stamperia, admirant en passant le portail majestueux du palais de l’imprimerie et de la chalcographie qui lui a donné le nom. Nous dépassons sur la gauche l’Academia de beaux-arts San Luca avec son beau petit jardin, sur notre droite la Présidence du Conseil des Ministres et quelques mètres plus tard nous voilà enfin devant la foule immense qui se presse autour de la fontaine des trois chemins, la célébrissime Trevi !

Là, j’étais aux anges! Juste un peu stressée à l’idée de me perdre du groupe et surtout me faisant des soucis pour ma moitié qui a pris aussitôt la poudre d’escampette sur les rues d'alentour.

Une courte visite « hydraulique » chez Giorgio plus tard, (ah, j’adore cette expression, utilisée par notre guide Antonella pour désigner les pauses pipi. Attention, pas la guide sans humour de Rome, mais notre accompagnatrice sur l’ensemble du voyage) je me sens un peu plus relaxée et j’ose prier une touriste (Russe ?) de me faire une photo souvenir. Elle me fait non pas une, mais trois photos, une plus belle que l’autre: merci encore une fois, la fille, si par chance tu passes par-là !

Photos en boite, je rejoins le groupe et, comme tout le monde est déjà là, nous partons vers le Panthéon. Par contre, pas le temps de trainer dans les rues, à peine j’ai le temps de regarder un peu autour, de faire quelques photos, histoire de pouvoir refaire mon chemin à la maison à l’aide de google map : le vendeur de thé dans la via delle Muratte, une belle entrée au numéro 70 de la via di Pietra et hop, nous nous arrêtons devant le temple d’Adrien ou Hadrien, c’est selon, pour nous émerveiller devant les quelques détails architecturales de ses colonnes corinthiennes sauvées in extremis en étant incluses dans un bâtiment du XVIIe siècle, siège de l'administration des douanes pontificales.


Nous continuons notre marche vers le Panthéon via dei Pastini à travers une foule encore plus dense: des touristes qui essayent de se frayer un chemin parmi des musiciens de rues, des vendeurs à la sauvette et une multitude de restaurants qui ont sorti les tables. Malgré la nécessité de tenir le pas et bien faire attention à ne pas me perdre, j’ai faits of course quelques photos, avec les belles vitrines du magasin de céramique Raku au coin de la rue de Giulia, la petite fontaine sur la rue Vicolo della spada d’Orlando, (en français, l’épée de Roland, la célèbre Durlindana, pardi) une baignoire en travertin soutenue par une gracieuse jambe et insérée dans une niche creusée dans une petite plaque de maçonnerie, ou la peinture joliment encadrée au-dessus de l’entrée du restaurant traditionnel Er Faciolaro, que voilà.


Ainsi, comme vous pouvez voir, j’ai pu refaire tout le trajet !

Enfin, nous voilà sur la Place du Rond-point i.e. Piazza della Rotonda, devant la fontaine du Panthéon avec son obélisque en granit rouge de Syène (Assouan) amené d’Egypte pour orner le temple d’Isis.

Le temple d’Isis n’existe plus, mais, heureusement, vers la Renaissance, on a retrouvé l’obélisque et on l’a placé finalement sur cette fontaine, en le couronnant d’une grande croix, comme il se devait ! C’est drôle de penser qu’un tel obélisque peut se perdre, hein ?…

Et, finalement, contrairement à ce que semblait penser notre guide athée (et fière de l’être) heureusement que l’église était là pour sauver in extremis quelques-unes de ces merveilles, même en contournant leur emploie initial.

Le Panthéon lui-même, reconverti en église en 609, fut sauvé du vandalisme et des destructions délibérées qui ruinèrent la plupart des monuments de la Rome antique pendant le bas Moyen Âge, étant ainsi le monument emblématique de cette époque. Pour notre visite, quoi dire ? On lève la tête, on regarde son immense coupole et on se dit qu’on est vraiment présomptueux à se croire supérieurs aux ancêtres !

Non seulement les technique de construction utilisés sont astucieuses et impressionnantes, (par exemple, l’utilisation de différents mélanges de matériaux pour le ciment, de moins en moins lourdes en montant la coupole. Ainsi, la base est constituée de travertin, le plus lourd. En montant, fut utilisé un mélange de travertin et de tuf, puis de tuf et de brique, puis seulement de briques dans la section du tambour de la coupole, et enfin, de la pierre ponce pour le plafond du dôme. Etc. voir wikipedia) mais le bâtiment, dont le dôme demeure le plus grand du monde en béton non armé, reflète parfaitement les critères classiques de l'harmonie architecturale, avec son hauteur de 43 mètres, égale au diamètre de la rotonde.


L’ouverture circulaire du sommet de la coupole, appelée oculus, de 8,7 m de diamètre, permet l'éclairage intérieur, toute en évitant les inconvénients des intempéries : la pluie tombe à l’intérieur et ruisselle sur le sol légèrement convexe, pour être ensuite drainée par un drainage encore d’origine.


Je m’arrêt avec mes descriptions, vous pouvez trouver meilleures ailleurs. Même pas envie de mettre plus des photos, vue la beauté de celles qui existe déjà sur internet, voir par exemple ici: http://coinsdumonde2.blogspot.fr/2016/03/italie-rome-le-pantheon.html ou ici: https://www.romasegreta.it/colonna/piazza-della-rotonda.htm

En plus, avec google map il y a aussi la possibilité d’entrer à l’intérieur. Comme quoi, la technologie actuelle n’est pas si mal non plus…

Mais vous avez compris j’espère que j’étais très impressionnée. Seul bémol, la foule. Surtout sur la place, où à la multitude des touristes s’ajoutaient tous ces chevaux et calèches attendant des éventuels clients. Une atmosphère plutôt de foire que de « tourisme culturel ». Mais enfin, la foire aussi a son charme, vous allez dire… Oui, mais pas quand on essaye de se frayer un chemin pour voir les statues et les peintures et la tombe de Rafael ou du rois Victor Emmanuel II ou Umberto I .

Après le Panthéon nous continuons à suivre le mouvement (ben oui, apparemment tout le monde suit le même trajet) en nous dirigeant vers la place Navona via Salita dei Crescenzi, Dogana Vechia, jusqu’à l’église San Luigi dei Francesi. Pas le temps d’admirer les statues de Charlemagne, St. Giovanna di Valois ou St. Clotilde, encore heureusement que j’ai pu faire vite quelques photos, omme celle de Charlemagne, que je mets ici.




Nous tournons à gauche sur via del Salvatori, devant le palais Madama, actuel siège du sénat, nous traversons le Corso del Rinascimento vers Corsia Agonale et, enfin, nous nous arrêtons juste devant la fontaine des quatre Fleuves, le chef d’œuvre de Bernini (Gian Lorenzo, le fils de Pietro, le sculpteur qui a réalisé la Boccacia dont je parlais plus haut. Vous suivez ?) la plus célèbre fontaine (car il y a trois : celle-ci, la fontaine du Maur et la fontaine de Neptun) de la célèbre place Navona.

Bon, encore une fois je m’abstiens de décrire cette place baroque, avec ses palais et églises et surtout ses trois fontaines, les statues, l’histoire des œuvres et leurs auteurs : tout le monde peut trouver ces informations sur internet.


Juste quelques mots sur la mise en scène allégorique de la fontaine des quatre fleuves, représentants les quatre continents connus à l’époque:

-Le Danube, représenté par la statue d’un géant, la main levée, accompagné d’un cheval, pour l’Europe ;

-Le Gange, la statue d’un géant avec une rame ( car le Gange est navigable) et un serpent, car l’Asie

-Le Nil, un géant avec un palmier et la face voilée, car on ne connaissait pas la source du Nil, avec le lion pour l’Afrique.

-le Rio de la Plata, le géant tient des pièces de monnaies qui symbolisent les richesses de l’Amérique, tandis que pour l’animal il y a le tatou.

Tous ses Géants, sculptées par les élèves du Bernin, sont placés dans un bassin sur un grand rocher qui s'élève au-dessus d’une grotte d’où sortent les animaux. L’ensemble des statues est conçu dans un mouvement circulaire, avec les animaux ayant parfois la croupe d’un côté du rocher et leurs têtes émergeant de la grotte d’un autre côté, (le cheval est remarquable !) et les géants étant placés d’une telle manière qu’on ne peut pas les voir en entier, mais on peut voir simultanément seulement la tête d’un d’entre eux et les fesses d’un autre. Pour donner de la verticalité au monument, le rocher est surmonté d’un grand obélisque, provenant lui-aussi d’Egypte et récupéré de la Rome antique. Bon, l’allégorie peut paraître un peu naïve, mais la mise en scène et la réalisation sont remarquables et font de cette fontaine un chef d’œuvre de l’art baroque. Et finalement le but était quoi, sinon la beauté des choses et de montrer encore une fois l’universalisme de la religion catholique et le rôle central de Rome et de la papauté dans cette religion? Je regarde encore une fois les façades des bâtiments « couleur de l’air » ou du travertin pour les principaux monuments (église Sainte Agnès in Agone, située devant la fontaine du Bernin, palais Braschi, siège de l’ambassade du Brésil, à sa droite et palais Pamphili, à gauche, comme je vais voir à la maison) et rouge ocre pour les édifices d’habitation du XX siècle et j’entre vite dans l’église, sans savoir que « c'est l'une des églises les plus célèbres du monde » (wikipedia). L’intérieur est éblouissant, mais je ne peux pas l’admirer trop longtemps, car le groupe est déjà en route vers la station d’autobus pour aller au restaurant je ne sais pas où ! Ah, cette guide qui n’aime pas les églises et ah, ces voyages dans des « circuits organisés » ! Juste une photo :


Apres un déjeuner à base de pates, assez bon mais pas transcendent, nous prenons de nouveau l’autobus pour aller au Musée du Vatican et à la Chapelle Sixtine.

Là, c’était vraiment la totale, autant pour la foule, que pour la guide, de plus en plus énervée et pressée de se débarrassée de cette visite qui pour elle représentait visiblement une vrai corvée. Preuve, elle n’arrêtait pas de critiquer la politique de visites du Vatican, (assez critiquable quand même) de crier après les autres guides et touristes, etc..

Le comble, un de nos compagnons de route s’est perdu dans la Galerie des candélabres et alors, au lieu de regarder les statues et autres tapisseries, tache déjà rendue ardue par la foule des visiteurs et par la nécessité de maintenir le rythme imposée par les muséographes, nous voilà en train de le chercher à notre tour, par un compréhensible esprit de solidarité, pendant que la guide ne nous expliquait plus rien, occupée comme elle l’était à crier dans son microphone « Alain… »  Alors vous aller comprendre que mon souvenir concernant le musée et ses collections ne peut pas être impérissable.  Surtout que la guide nous a imposé un trajet vachement écourté !

Bon, avant que notre vieux compagnon se perde j’ai eu le temps de voir, même si toujours en courant, quelques statues célébrissimes, comme la copie romaine du IVe siècle avant J.-C d’Artémis d’Ephèse, la déesse de la fertilité, ou la même Artemis-Diane, en chasseresse, et aussi les admirables tapisseries flamandes en trois dimensions (si si !), réalisées par des élèves de Raffaello da Urbino (comme le nommait Giorgio Vasari dans son histoire) ou, encore, les cartes, pas aussi impressionnantes, j’ai même trouvé absurde l’admiration affichée par notre guide pour la connaissance des côtes terrestres des anciens : ben, on n’a pas besoin d’avions ou autres moyens de survol pour les mesurer, si ?

Et c’était à peu près tout, hein… De toute façon, vue la vitesse à laquelle il fallait avancer dans les salles du musée, même en les parcourant toutes, on n’aurait pas pu voir grand-chose, sauf se faire une idée globale des couleurs et atmosphère et surtout de la magnificence des lieux.



Toute de même, heureusement qu’Alain est revenu parmi nous avant d’entrer dans la Chapelle Sixtine, car au moins là nous avons pu regarder tranquillement autour de nous, même si la foule des visiteurs était toujours aussi oppressante et nous empêchait d’approcher des murs pour admirer les fresques…

Bon, Botticelli, j’ai pu le reconnaître de loin quand même, avec ses personnages stylisés, ses femmes sublimes, pleine de grâce et délicatesse, voir par exemple ici La Tentation du Christ ou ici :
Les Epreuves de Moises, mais les autres, même pas la peine de les regarder.

D’ailleurs, vu le temps qu’on pouvait y rester, mieux fallait regarder vers le plafond et le mur de l'autel pour essayer de s’imprégner de l’œuvre de Michelangelo, surtout que les photos étaient interdites, heureusement ! Ben, oui, heureusement, n’en déplaise à ceux qui violaient l’interdit, car de 1. Sans flaches les photos ne pouvaient être de bonne qualité et de 2. de toute façon on sait qu’on peut trouver des photos certainement meilleures sur internet. Voir par exemple ici :



Pour le reste, voilà : je voulais voir la chapelle, j’étais dedans, j’étais enchantée, malgré la foule et je suis maintenant en train de lire de nouveau le livre de Giorgio Vasari (en roumain, édition Meridiane, 1968) auquel j’ai ajouté un livre sur La Chapelle Sixtine acheté en Italie, plus tout ce que je trouve sur Internet.

A propos de Giorgio Vasari, j’ai trouvé à cette adresse quelques passages du chapitre qu’il a dédié à Michelangelo dans son livre « Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes… ».

Je vais citer seulement une phrase concernant le jugement dernier : « he worked at it continually, until in a few months it was brought to an end, and the words of Dante verified, "The dead seem dead and the living living." And when this Last Judgment was uncovered, he was seen to have vanquished not only all the painters who had worked there before, but even to have surpassed his own work on the ceiling. He laboured at this work eight years, and uncovered it in the year 1541, on Christmas Day, I think, to the marvel of all Rome, or rather all the world” .

Et ça continue de nos jours!

Enfin, nous quittons la chapelle pour aller visiter l’église Saint Pierre, où nous pouvons voir d’autres facettes du grand génie de Michelangelo, celle de sculpteur, avec sa sublime Piéta mais surtout celle d’architecte, car « on peut le considérer comme le principal auteur des bâtiments tels qu'ils se présentent aujourd'hui et comme l'architecte grâce à qui le projet fut achevé ». .

 Comme disait le même Vasari, « sa sainteté le pape, le Bon Dieu lui-même lui donnant cette idée, a décidé d’appeler Michelangelo pour lui confier la tâche », le projet de l’église durant déjà depuis plus de quarante ans ! Et le comble se trouve dans cette information : je cite de nouveau Vasari, « This model cost him twenty five crowns, and was made in fifteen days. Sangallo's model cost more than four thousand, it is said, and took many years to make, for he seemed to think that this building was a way of making money, to be carried on with no intention of its being finished.”…

Intéressant, n’est-ce pas. Et oui, je recommande vivement ce livre qui se lit comme un roman. Par ailleurs, il y a même des romans qui s’en inspire…

Autrement, dans cette grandiose église, si on n’est pas anéanti par son immensité ou sa démesure, on peut quand même regarder et admirer plein des choses, en commençant avec l’étonnante harmonie (vu ses dimensions et le nombre d’architectes qui y ont contribué) et en continuant avec la richesse de la décoration, les murs et le sol couverts de marbres polychromes, souvent provenant des anciens monuments romains, les dorures, les mosaïques qui remplacent la peinture dans les fresques, les statues conçues à l’échelle, tel que le moindre angelot mesure au moins deux mètres, les tableaux…

Une fois revenue de ma stupéfaction, je commence la visite avec la célébrissime Piéta, protégée derrière une vitre blindée après avoir été mutilé par un malade dans les années ’70 !

C’est drôle de se trouver d’un coup devant une sculpture qu’on a vu maint fois dans des photos ou à la télé, surtout quand on a autour de soi autant des personnes !

J’ai toujours la même sensation dans les visites, comme devant la Joconde, au Louvre: je ne sais pas vous, mais moi, dans un contexte pareil, je ne ressens pratiquement aucune émotion, sauf peut-être la satisfaction de voir avec mes propres yeux l’œuvre respective et surtout la nécessité de bien imprimer dans mon cerveau son image !


Pareils dans ce cas, surtout qu’à peine je commence à me mettre dedans et à admirer la beauté de la vierge, que la guide quitte la dalle du sacre de Charlemagne située à l’entrée de l’église où elle s’est arrêté avec tout le groupe et vient avec son commentaire concernant la jeunesse de la vierge par rapport à son fils ! Mais on s’en fout, pardi ! De toute façon, je savais que la statue ne représente pas la vierge, pas vous (lol) ?

Elle aurait pu aussi critiquer son visage, pas du tout celui d’une juive, ou ses habits, tant qu’on y est ? Pour moi cette statue reste une statue d’une beauté inouïe, point barre !

Écœurée, je me retourne vers l’église, en ne sachant pas trop où donner de la tête parmi tant des statues, des tombes et autres baldaquins…

Car oui, il ne faut pas oublier l’œuvre oh combien baroque du Bernin (le fils, hein).. Mais pour le moment je continue à suivre la guide qui nous conduit vers le milieu de la nef pour nous démontrer les proportions gigantesques de l’église par comparaison à la cathédrale Notre Dame de Paris.

Une autre information totalement inintéressante, car déjà Notre Dame n’est pas la plus grande église française, que je sache. Et puis ce n’est pas ça ce que j’attends d’une église et, tout en comprenant la nécessité de ses dimensions pour celle-ci, (qui, pour l’info, reste encore de nos jours la plus grande église catholique au monde, avec une superficie de 2,3 ha et une capacité de plus de 60 000 personnes)  j’adore plutôt  les petites églises en bois, orthodoxes, de Maramures et même en France, les petites églises romaine avec des chapiteaux bizarres.

Et j’étais beaucoup plus impressionnée en voyant les ruines de l’église de l‘abbaye de Cluny, http://voyagesenfrance.blogspot.fr/2006/04/paray-cluny.html elle aussi la plus grande à son époque, avec un rayonnement architectural et religieux indéniable. Je lui ai même dit à la guide qu’ «on voit que la révolution française n’est pas passé par là »…


A la croisée du transept, en surplombant le maitre-autel, juste en dessous du magnifique dôme conçu par Michelangelo, lequel dôme, sans dépasser en dimensions le dôme de Brunelleschi à Florence, atteigne toute de même une hauteur totale de 136,57 pour un diamètre de 41,47 mètres, trône un impressionnant baldaquin en bronze doré, à colonnes torsadées, haut de 29 mètres.


Et là, une petite histoire que je trouve drôle: les 60 t de bronze du baldaquin provient du portique du Panthéon (Ier siècle av. J.-C.). « C'est au XVIe siècle, au moment où florissaient les arts et l'érudition, sous les yeux des archéologues romains, que ce crime de lèse-antiquité fut commis »45, d'où la célèbre maxime, Urbain VIII étant de la famille Barberini : "Ce que les barbares n'ont pas fait, les Barberini l'ont fait". Bien dit, hein…

Pourtant, le baldaquin est le clou du spectacle, car, pour citer wikipedia « il parvient à créer l'effet visuel d'un lien entre l'immense coupole qui semble flotter au-dessus de lui, et l'assemblée des fidèles au niveau du sol. Le regard peut le traverser de toutes les directions, et il est visuellement lié à la Cathedra Petri de l'abside, autant qu'aux quatre piliers et aux statues gigantesques qu'ils abritent à chaque diagonale. »




La chaire de Saint Pierre ou La Cathedra Petri c’est un superbe reliquaire située dans l'abside de derrière le baldaquin, conçu toujours par le Bernin pour contenir le siège épiscopal dit de Saint Pierre, mais datant en réalité du IVème siècle.

Le siège en bois de chêne et de bois d'acacia de couleur sombre et recouverte de plaques d'ivoire est mis en scène dans une composition complexe en bronze doré, qui constitue le chef-d’œuvre du Bernin, étant d’ailleurs surnommée la « Gloire du Bernin ». Photos

Pour finir la visite, nous sommes sortis de l’église sur la célèbre place, pour regarder quoi ? La fenêtre d’où parle le pape ? Car je dois dire que je regrette vraiment qu’en écoutant le conseil de la guide je ne suis pas montée dans la tour. Je lui ai pourtant posé la question, mais elle m’a fortement déconseillé ! Si au moins elle m’aurait dit qu’ici fini notre visite et qu’après ça elle nous quitte et nous laisse nous débrouiller seuls pour retourner à l’hôtel ! Décidément, à cause de cette pimbêche, la visite de Saint Pierre, je pourrais même dire du Vatican, me laisse un drôle de goût. Ce n’est pas parce qu’elle est athée qu’elle avait le droit de cafouiller son job !

Pour finir, après quelques livres achetés dans les boutiques alentour et une glace sur via della Conciliazione, retour en métro à l’hôtel. Mais pas avant d’avoir entré vite fait dans l’église Santa Maria in Transpontina pour voir une noce locale, car ce n’était pas moi qui avais obligé tous ces gens de m’attendre dans la rue pour les conduire à l’hôtel, situé dans une zone résidentielle au nord-ouest de Rome, derrière le Vatican, à côté du parc Casali del Pineto Sacchetti. Ben oui, ils n’avaient qu’à se débrouiller seuls, ce n’était pas sorcier et je n’étais pas leur guide attitrée non plus, lol… Le comble c’est qu’après ça j’ai acquis la renommée de fonctionner comme un GPS en étant utilisée en conséquence par certains compagnons de voyage, chaque fois quand ils avaient besoin!


Santander
Rome2..à suivre