Avant d’aller au petit déjeuner, nous prenons le temps de
faire quelques photos et même des petites
vidéos depuis la terrasse de notre chambre, car la vue est vraiment superbe.
Dommage qu’on ne peut pas rester plus longtemps ici, mais espérons que le reste
du voyage en vaut la peine de quitter ce lieu.
Nous quittons quand même vite l'hôtel et même la ville, direction le Monastère Saint Basile d'Ostrog, suivant toujours la déjà célèbre Jadranska Magistrala. J'ai toutefois réussi à prendre en vitesse, à travers le parebrise, quelques magnifiques photos de la vieille ville et avant d'arriver presque immédiatement, car seulement 40 km, à la frontière Debeli Brijeg, où un long fil des voitures qui attendent l’entrée en Croatie nous rappelle que des douanes existent encore en Europe et nous prépare pour notre propre attente à l’entrée dans le pays des Monts Noirs, c'est à dire Monténégro.
Mais la mer n’est pas encore très loin, car après seulement une
dizaine de kilomètres nous l’apercevons de nouveau à travers les arbres, au-delà
des villas et autres grattes ciels en bétons, comme le montre cette capture
d’écran du trajet simulé avec google.map .
En fait c’est le golfe Herceg Novi, le premier des quatre
golfes de la baie connue sous le nom de « bouches de Kotor » ou « bouches
de Cattaro » ou encore Boka Kotorskasont en serbe/monténégrin. Les trois autres, dans
le sens des aiguilles d’une montre, sont Nisan, Kotor et Tivat.
En ce qui nous concerne, après avoir longé la côte jusqu’à Nisan Strp, nous virons vers les montagnes faisant partie, (comme je vais l’apprendre en étudiant le problème), du groupe de montagnes de l’Orjen.. Donc, nous sommes toujours dans les Alpes Dinariques, mais la Chaîne de la Dalmatie méridionale et d'Herzégovine est finie et nous ne sommes pas encore dans les Balkans, quoique… A part les différences évidentes, de langues, de culture et même d’organisation politique (sur les hautes-terres monténégrines, l'organisation tribale a subsisté jusqu'au xixe siècle) je trouve beaucoup de points communes entre ce pays et la Roumanie, elle aussi pas vraiment balkanique… quoique…
Déjà, sachant que dans l’antiquité ici il y a avaient des tribus d’illyriens et qu’il semble que des éléments illyriens ont été trouvés aussi sur le territoire de la Roumanie et que de toute façon les « langues illyrienne et daco-thraces font partie du même groupe paléo-balkaniques des langues indo-européennes.
Puis, l’appartenance à l’empire Romain, lequel en fait la conquête vers 168 av. J.-C., et qui intègre aussi la Dace en 106. Aussi, la présence d’ostrogoths et puis des slaves dans les deux pays, pour ne pas parler de l’empire ottomane ou du communisme.
Bref, toute une histoire qui
nous rapproche !
Ceci dit, en dépassant Strp (quel nom, mon Dieu ! Cela me rappelle combien il m'était difficile d'apprendre à prononcer les mots Štrbské Pleso lorsque j'y suis allé skier 😀) nous traversons un vrai canyon, avec la route entourée des montagnes calcaire, pas trop hautes mais impressionnantes, pour arriver après quelques tunnels dans une zone où l’espace s’élargie pour laisser la place à quelques maisons et même une petite église orthodoxe, que j’ai pu photographier à travers le parebrise : c’est le village Dragalj et l’église du Suaire de la Très Sainte Théotokos (mère de Dieu en grecque).
La route continu ainsi encore quelques 8km sur ce que j’ai
appris ultérieur que c’est une plaine
avec des riches terres, la plaine de Grahovo, laquelle
plaine à cette époque me semblais plutôt être un plateau aride de haut montagne
(ben oui, altitude 695-780 mètres !). Mais, plus précisément, c'est une plaine de 6,4 km2,
entourée à nord-est du plateau karstique
de Katun et Banjan et à l’ouest du
massif d’Orjen et ses ramifications, m’informe wikipedia. Mieux encore, sans le
faire exprès, j’ai photographié un panneau qui m’indique l’existence d’un
monument important dédié aux héros de la bataille de Grahovac, représentant
l’un des sommets les plus importants de l’histoire monténégrines : c’est
en ce lieu qu’en 1858 Les Monténégrins ont obtenu une victoire décisive contre les Ottomans, se terminant par
une victoire monténégrine décisive. Cette victoire monténégrine a contraint les
grandes puissances à délimiter officiellement les frontières entre le
Monténégro et l'Empire ottoman, reconnaissant de facto l'indépendance séculaire
du Monténégro.
Toutes ces histoires me parlent, car une partie de ce que
c’est maintenant la Roumanie était elle aussi sous le joug ottoman (la Transylvanie
et la Bucovine étant dans l’empire Austro-hongrois), en obtenant l’indépendance
seulement en 1877.
Mais, pour finir ce passage, après encore quelques kilomètres, dans cet espace aride de désolation, presque lunaire dans ce jour d’octobre, au milieu de nulle part en plein soleil du midi, au bord de la route, une femme entre deux âges attendait je ne sais pas trop quoi, car il n’y avait pas d’autres voitures en vue et encore moins des autobus. Bien sûr que je n’ai pas pu faire autre chose que dire à mon mari de s’arrêter pour la prendre en stop. Conclusion, dès ce moment et jusqu’à sa descente à l’entrée de Niksic, étant trop occupée de parler avec la dame dans une anglaise approximative, mais quand même compréhensible, j’ai oublié de regarder le paysage, pourtant d’une beauté remarquable, comme je peux le voir maintenant à travers le fameux googlemap. Elle travaillait à l’école de Grahovo, car oui, semble-t-il, il y a une école élémentaire, laquelle porte le nom d’un héros local, le partisan communiste Pavle Kovačević.
Mais immédiatement après son départ, j’ai repris mon
activité de photographe : preuve, j’ai fait vite une photo de ce qui avait
l’air d’être un lac marécageux style asiatique et qui était en fait Slansko
Jezero (slano en anglais) c’est-à-dire un « lac salé ». C’est
un lac artificiel créé en 1950 pour répondre aux besoins de la centrale
hydroélectrique de Perućica, à côté de Niksic. Il est alimenté par plusieurs
petits ruisseaux et se déverse dans la Zeta,
la rivière qui prend sa source quelques part dans les environs et que nous
allons suivre jusqu’au lac de Shkodër ou
Skadar, en passant par le monastère d’Ostrog. Car oui, ici commence
vraiment notre « aventure » monténégrine !
Mais, avant de raconter cette « aventure », encore quelques informations concernant la ville de
Nicsic et ses lacs (car il y a trois lac artificiels, Krupac ,Vrtac et
Slansko) :
- mine de rien, Niksic, avec ses presque 60000 habitants,
est la deuxième plus grande ville du Monténégro, pôle industriel, car la
zone est riche en fer et bauxite.
- La région de Nikšić était
habitée dans l’antiquité par la tribu illyrienne des Endirudini et était
connue sous le nom d'Anderba ou d'Enderon. Au 4ème siècle après JC l'Empire romain a construit ici un camp
militaire (castrum), dont les nouveaux conquérants, les ostrogothes, appelaient Anagastum, nom modifié par les nouveaux arrivants
slaves en Onogost. Le nom de Niksic,
qui est celui d’une tribu monténégrine, apparait pour la première
fois dans un document en 1518 et
est adopté officiellement seulement en 1767.
- Le film français, « Le Goût de la violence »,
signé par le célèbre réalisateur français, le feu Robert Hossein, a été
tourné principalement sur le bord du lac Slansko et le régisseur déclarait
à l’époque que c’était le plus bel
endroit du monde.
Ceci dit, en dépassant Niksic, la route, assez large et bien
entretenue, dépasse un pont sur la rivière
Zeta, dont l’importance m’échappe pour le moment. Mais après seulement 15’, en
traversant un petit tunnel et un court
canyon, nous la quittons pour une route
étroite, à flanque de montagne et au-dessus des précipices vertigineux, ayant en
contrebas la plaine de Bjelopavlici,
également appelée vallée de la Zeta. Et si on regarde l’image de la route que
j’ai chopé au googlemap, toute en lacets, ou les quelques photos que j’ai pu quand même faire à travers le parebrise et sans que la voiture puisse s’arrêter, on comprend l’importance de cette rivière,
qui avait l’air si pacifique sous le pont dont je parlais plus haut !
Quoi qu'il en soit, lorsque nous avons enfin aperçu une flèche indiquant le parking du monastère que nous souhaitions rejoindre, nous avons poussé un grand soupir de soulagement et nous nous sommes arrêtés sans vérifier s'il s'agissait du bon parking, c'est-à-dire le plus proche du monastère. Et ce n'était pas le cas. D’un coup, mon mari, qui n'avait aucun intérêt pour les monastères orthodoxes perchés dans les montagnes, est resté sur place, s'occupant comme il pouvait en attendant mon retour, c’est-à-dire en mangeant et en nourrissant en même temps un chien errant, habitant légitime du lieu.
Pendant ce temps, après une longue hésitation (ben oui,
comme je l’ai déjà dit, les montés me coupent la respiration, etc…) j’ai pris
mon courage à deux mains (ou plutôt deux pieds) et j’ai entamé l’escalade ! Bon, le paysage en valait la peine, les vieilles pierres des
escaliers, rendues glissantes par les
nombreux pèlerins au cours des siècles, les cyclamens en fleurs à la racine des arbres, sans parler des gentils compagnons de montée qui m’indiquaient des banques pour
me reposer, en voyant que j’en souffre. Il faut croire que la religion rende
les gens meilleurs, quand même !
Enfin, après moult efforts, voilà le monastère. Eblouissant de blancheur sur le fond ocre strié de gris des roches de l’Ostroka Greda, la falaise du mont Ostrog dans laquelle il est encastré. J’avais toujours rêvé de visiter des églises troglodytiques et je n’ai jamais eu l’occasion d’aller en Cappadoce, alors il était donc hors de question de rater celui-ci ! Et je ne l’ai pas raté ! A tous points de vue, car il faut avouer qu’une fois entrée dans la petite chapelle (pouvant accueillir cinq ou six personnes) en haut de l’escalier, seule avec deux moines, j’ai ressenti pleinement l’atmosphère mystique qui y régnait.
Déjà
émue par ma rencontre avec l’orthodoxie, moi, qui suis contre tous les
fanatismes et qui ne fais pas confiance aux institutions religieux, quand j’ai
voulu sortir, le moine qui gardait l’entrée m’a fait faire demi-tour vers
l’autre moine, qui tenait le livre de prière. Et la bénédiction de celui-ci qui a suivie m’a profondément ému, vraiment jusqu'aux larmes. Ainsi, en
sortant, en ayant déjà ma dose d'émotions, après avoir allumé quelques bougies, j’ai fait juste un petit tour en regardant le
tout et je suis repartie vers le parking.
Mais après seulement quelques tours d’escaliers je me suis rendu compte que je suis sur un mauvais trajet, avec le risque de me retrouver je ne sais pas où, en bas, dans la vallée. Alors sagement je me suis arrêté et je suis revenu sur mes pas, vers la route asphaltée, avec en tête l’idée de faire l’auto-stop pour retourner au monastère. Et c’est ce que j’ai fait, en montant dans la voiture d’un couple des jeunes Français, (oui, il y a des jeunes Français qui visitent des monastères orthodoxes, hein…) auxquels j’ai essayé d’expliquer mon aventure, où plutôt mésaventure. Jusque j’ai reconnus au bord de la route un des banques qu’on m’indiquait pour me reposer ! Et là j’ai descendus de la voiture convaincue que je suis justement à l’endroit qu’il fallait prendre pour arriver à bon port. Et c’était vrai ! Comme quoi…
Quant aux autres détails concernant le monastère, à part son importance majeure pour les orthodoxes, je préfère m’abstenir : il y a déjà assez d'informations sur Internet et d’ailleurs je suppose que mes photos sont assez parlantes, quand même…
Bon, arrivée au parking, après avoir moi aussi mangé quelque chose, nous avons repris la route. Cette fois c’était la route de l’autre côté de la vallée, en direction de Danilovgrad et Podgorica. Une route meilleure et un peu plus large, quoique, au moins sur quelques 10km, jusqu’à Podvrace, toujours à flanc de montagne et au-dessus des précipices, .
Sur le reste de la route jusqu'à la frontière avec l'Albanie,
à Bozaj, nous n’avons pas eu des surprises. Sauf si le troupeau des
chèvres qui a traversé tranquillement notre route, sans aucun berger en vue, ne pourrait
pas être considérer comme tel !
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