jeudi 22 février 2024

Voyage à travers les Balkans: Albanie

 

Krujë , Le Balcon de l'Adriatique.


Nous sommes le 5 octobre 2023 à 16h et 10 minutes quand nous passons la douane de   Hani i Hotit – Bozhaj,  entre le Monténégro et Albanie.

 Il faut dire que pour moi c’était un véritable évènement, car je n’aurais jamais imaginé visiter l'Albanie! 

Je m'explique: pendant mon passé dans la Roumanie communiste de feu Ceausescu,  mon impression concernant l’Albanie c’était à peu près la même que celle qu'un  Français lambda a aujourd'hui de la Corée du Nord. Et en fait j'ai la tendance à penser que  les régimes étaient certainement similaires! 

Pour la mémoire, l’Albanie était à l’époque le seul pays communiste à ne pas avoir reconnu les crimes de Staline. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle elle avait rompu  ses relations avec l’ex-URSS et après, pour faire bonne mesure, avec tous les autres pays du pacte de Varsovie, y compris la Roumanie. D’où, entre autres, les milliers de bunkers  construits dans les années ’70, disséminés partout dans le pays qui se croyait menacé: plus de 70000 dit-on !

A part ça, je ne savais pas grand-chose de ce pays. Sauf qu’il avait, à peu des détailles près, la même histoire que les autres pays des Balkans: avec des illyriens dans l'antiquité , peut être gèto-daces  aussi, vu qu’on essaye de nos jours  d’identifier des mots de la langue des Daces dans l’actuelle langue albanaise…  Après, suivirent forcément des grecques, des romains, des vénitiens,  même les Français s’y sont essayés avec Charles d’Anjou, le dernier fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille, avant que, pour finir, les Ottomans s'emparent du pays, l'incorporant en marche forcé  dans l’empire. 

Ce dernier domination  eu comme effet l’asphyxie de la langue albanaise et de la foi chrétienne, au point d’être tout près de les faire disparaitre. Et si sa langue a été sauvée in extremis, grâce au  réveil de la conscience nationale à la fin du XIX siècle et surtout après l’obtention de l’Independence, reconnue par les grandes puissances par le traité de Tirana de 1919, l'islam continue à être  la religion majoritaire. 

Bref,  il faut reconnaitre que de nos jours l’Albanie est perçue comme un pays musulman, auquel s'ajoutent  des traditions tribales, comme celles des «  vierges sous serment » de la tribu des Hoti, à Rrapshë (des vierges sous serment qui font vœu de chasteté et portent uniquement des vêtements masculins. En contrepartie de ce vœu, elles bénéficient de nombre d'avantages traditionnellement réservés aux hommes. Vue à la télé), et dans lequel, outre les  clans aux mœurs moyenâgeuses  où l’omerta règne, après la chute du communisme s'est développée une mafia bien organisée.

Ainsi, par respect à ce que je croyais que sont les mœurs des Albanais, avant l’entrée dans le pays j’ai caché ma petite croix port-chance, croix que j’ai toujours autour du cou pendant mes voyages. Tout en espérant, vu leurs désirs d’Europe, pouvoir le traverser sans surprises.

Mais maintenant je sais que ce n’était pas nécessaire, car non seulement le pays semble être depuis toujours  très tolérant envers toutes les religions, conformément au slogan de la Renaissance albanaise, « la religion des Albanais c’est l’Albanie », mais, en plus, il n'a pas l'air ni si musulman, ni si dangereux que ça, car je dois dire que,  dans mon périple du nord au sud  et de sud à l’est, je n’ai pas vu aucune femme voilée et encore moins un mafieux, contrairement à ce qu’on peut voir partout en France, par exemple!

A propos, pourquoi nos gouvernements ne reprennent-ils pas ce superbe slogan albanais, en affirmant ainsi « la religion des Français c’est la France ». Ca nous épargnera peut être quelques attentats, contrairement aux slogans habituels, comme "la religion de la France c'est ... La République", ou pire, care pas du tout comprise, "la religion de la France c'est la laïcité"! 

Bon, après ce préambule, nécessaire pour moi-même, le 5 octobre, à 16 heure dix exactement (car je n’ai pas trouvé une autre traduction pour les mots satiriques  de notre I.L. Cragiale « la ora 16 și 10 minute trecute fix »)  nous voilà, comme je l’ai déjà dit,  en Albanie, en route vers une localité qui s’appelle Krujë ou Kruja, ce qui se prononce Cruilla et que j’ai choisi comme première étape de notre itinéraire  parce qu’elle est surnommée le « balcon de l’Adriatique » dans les livres "spécialisés",  ce qui me faisait espérer que j'allais de nouveau voir la mer. Pour le moment ce n'était  pas la mer  mais le lac de Shkodër (ou Shkodrës en albanais,  Skadar en serbe et Scutari en italien) que nous sommes en train de contourner,  et ça jusqu’à… Shkodër,  mais cette fois je parle de la ville du même nom, laquelle ville a eu une importance majeure dans l’histoire mouvementée du pays.   





A peine le temps de photographier l'imposante statue des cinq héros de Vig  à l’entrée de la ville Rrethina,  statue qui me rappelle des dizaine d’autres statues semblables, représentant des héros communistes (lesquels héros parfois sont même controversés, ceux-là, par ailleurs, si je crois certains sources),  que nous étions déjà dans les rues de Skhoder, que je n’ai pas eu envie de photographier, car je ne voyais  pas l’intérêt. D’un coup je ne regrettais même plus que nous ne nous arrêtons pas dans cette ville, comme c’était mon plan initial.

 Quoique, après encore quelques kilomètres,  en  photographiant des  fortifications en haut d’une colline,  je me dis maintenant  que j’avais tort quand même. Car ces fortifications  se sont avérés  être les fortifications du  château de Rozafa, théâtre dans son histoire des plusieurs sièges  et  aussi sujet d’une légende ayant comme thème le mythe du sacrifice pour accomplir une construction, mythe rependu sous divers variantes dans tous les pays des Balkans , y inclus en Roumanie (avec la Ballade du maitre Manole).

Mais ce qui était fait était fait.  Et nous avons continué sur notre route, contents, car elle était en très bon état et pas trop fréquentée,  mais regrettant de pas apercevoir la mer, comme je l'espérais.  

Par contre,  j’ai vu les premiers signes du passé communiste et du passage rapide au « capitalisme » : des maisons abandonnées et des villas flambants neuves au milieu de nul part, entourées des champs à perte de vue, bordés au loin des montagnes. 









Comme je disais, nous étions assez contents de notre route, sauf qu'près seulement quelques kilomètres,   je ne sais pas trop pourquoi, car  je ne me souviens pas et google map ne me l’explique pas non plus, nous nous sommes retrouvés sur une autre route, pas aussi convenable, même plutôt inquiétante.  Plus inquiétante encore lorsque vers 20 heures, avec la nuit tombante et nous seuls au milieu de nul part, veillant à éviter les trous dans l'asphalte et les chiens traversant dans le noir,  la ville de Krujë  semblant être encore loin, sinon un mirage. 

 


Et même une fois dans les premières ruelles de la ville, avec des bâtiments brillants de milles feux, je ne me sentais pas rassurée, car il fallait trouver l’hôtel réservé le matin, en traversant  ce qui  s'avérait être une ville médiévale, avec des ruelles étroites et sinueuses… 

Heureusement, quand nous avons trouvé l’hôtel, nous avons pu voir qu’ils étaient bien organisés, avec un parking abrité facile d’accès où quelqu’un  nous a conduit gentiment… Donc cinq étoiles de notre part chez booking.com pour l’hôtel Panorama de Krujë !  D’autant plus que la chambre avait une vue magnifique sur le château perché sur  l’éperon rocheux qui domine la vile  et  sur l’élégant minaret de la  mosquée Muratbeu, juste à côte. En plus, nous avons pu diner sur la terrasse du restaurant de l’hôtel, ce qui a été un beau bouquet final pour cette magnifique journée !

Le lendemain nous nous sommes embarqués dans une drôle d’aventure, qui nous a amené, je ne veux pas expliquer pourquoi et comment, sur Rruga e Malit, une route de montagne, comme son nom l'indique,  qui nous éloignait vachement de notre destination, c’est-à-dire le fameux château de Krujë, sans savoir pratiquement vers quoi elle nous amène. 

Maintenant, en étudiant le trajet avec google map, je vois que peut être n’aurait pas était si mal de la poursuivre jusqu’au bout, car elle nous aurait amené au Tekke Sari Saltik, qui surplombait Kruje à 1070m d’altitude. Et nous aurions eu non seulement une vue exceptionnelle sur la ville, mais  nous aurions aussi pu voir le premier tekke de notre vie, c’est-à-dire un monastère des derviches tourneurs Bektâchî . Et pour plus de détailles:   Balkans: les derviches, entre tradition et adaptations – Religioscope 

Mais bon, de toute façon on ne peut pas tout voir et si on s’attardait trop sur cette route, par ailleurs spectaculaire, on n’aurait pas eu le temps de visiter le château de Krujë et, pire encore,  d’aller visiter la citadelle de  Berat.











Conclusion : dès que nous avons pu, nous avons fait demi-tour en nous dirigeant vers le château comme nous aurions du le faire dès le début, à savoir via Rruga Kala, of course,  puisque ça signifie la rue du château, justement ! 

 Là, avant de nous aventurer  dans une ruelle étroite  abritant le  fameux bazar de la ville  datant du temps des Ottomans et menant vers l’entrée de la citadelle,  nous avons laissé la voiture dans la cour d’un habitant  pompeusement qualifiée de  « parking privé ». Ce qui nous a permis de parcourir à pieds les quelques 200m  entre des échoppes qui présentaient l’habituelle « marchandise ethnographique » des Balkans, laquelle marchandise peut venir de nos jour de Chine, sinon de Bangladesh. 

 Pour  être honnête, ils y avaient aussi des gens qui travaillaient sur place, donc c’était quand même assez authentique, mais de toute façon les magasins pleins de marchandises ne m’intéressent pas tant que ça, donc j’ai continué mon chemin, en essayant de ménager mes efforts dans la montée. Car il ne faut pas oublié que la citadelle est située à une altitude de 557 mètres.

 La ville de Kruje et son château occupent une place particulier dans le cœur des Albanais : dans l’antiquité Krujë était habitée par l'ancienne tribu illyrienne des Albani et en 1190, devint la capitale du premier État albanais du Moyen Âge, la Principauté d'Arbër et, plus tard, la capitale du royaume d'Albanie.

 Conquise au début du XVe siècle par l'Empire Ottoman, la ville fu  reprise en 1443 par un héro cher aux Albanais, le fameux  Skanderbeg, qui la défendit avec succès contre trois sièges ottomans, jusqu'à sa mort en 1468. 

 Le même Skanderbeg, qui est considéré comme étant un des plus grands généraux du monde, tel que les Turcs eux même l’appelaient « Alexandre », car il était pour eux de la taille d’Alexandre le Grand.  Quant à  Napoléon Ier, il le citait  parmi les quatre plus grands généraux de tous les temps. 

 En franchissant enfin l’entrée dans la forteresse,  un château flambant neuf de style hollywoodien  a attiré immédiatement nos regards : on apprend que c’est justement le musée érigé à la gloire de Skanderbeg. Musée conçu par Pranvera Hoxha, la fille d’Enver Hoxha, fondateur du parti communiste albanaise, dont il a été le premier secrétaire et, dans cette qualité, le véritable dirigent de l’Albanie, jusqu’à sa mort en avril 1985. 

 Quoi dire de cette visite ? Le bâtiment du musée de Skanderbeg  et le jardin qui l’entoure ont l’air bien soignés, il y a aussi un musée ethnographique que nous n’avons pas visité par manque de temps sinon d'intérêt, quant aux vestiges de l’ancienne forteresse, à part  les ruines d'une mosquée ottomane bâtie par le Sultan Mehmed II, les murailles et une tour de garde en réparation, il n’y avait pas d’autres choses à visiter. 

Mais la vue sur la vallée et  la ville  du haut de ces murailles m’a éclairé sur la signification de l'expression « balcon de l’Adriatique » et c'est pourquoi je ne crois pas que j’ai à regretter de ne pas être  monté encore plus haut, jusqu'à Tekke Sari Saltik : un seul "balcon" nous a bien suffit  pour la journée, quand même !
















Berat, la ville aux 1000 fenêtres. 

Nous quittons le château et en même temps la ville de Krujé pour continuer notre voyage : étape suivante, Berat, considérée comme une des plus belles villes d’Albanie.  

Et pour y aller j’ai choisi la route qui traverse la ville de Durrës, en espérant naïvement que j’aurais le bonheur d’apercevoir encore une fois cette mer qui me fascine tellement et dont j'ai carrément besoin!

 Ben, non, pas de mer, sauf une belle autoroute à travers la pleine, avec de nouveaux hôtels, stations-service, des villas et autres bâtiments  flambant neufs sur les côtés, le tout remarquablement mieux soigné et plus propre qu’au début du voyage. 

Arrivés à Berat,  après quelques deux heures de route, nous avons trouvé non sans mal notre hôtel Orestiada, mais cette fois ce n’était pas la faute du GPS, car tout simplement l’entrée de l’hôtel était inaccessible en voiture, à cause de travaux sur le boulevard de la République, où il était situé.

 Heureusement, pour ne pas continuer de tourner en ronde, comme à Split, j’ai laissé mon mari avec sa voiture dans un parking et je suis allé à pieds à l’hôtel. Ainsi, avec l’aide du gérant, nous avons accédé non pas à l’entrée, mais dans le parking de l’hôtel, lequel était juste à côté du parc situé en face de l’actuel hôtel Colombo, l’ancienne université privée, « Albanian University », de Berat. Pas mal, hein ?
 
Le même gérant, très aimable, m'a non seulement aidé à porter mon bagage jusqu'à la chambre, mais en plus m’a donné une carte sur laquelle il m’a indiqué tous les sites touristiques importants et le meilleur restaurant de la ville, à savoir, la Maison Conviviale (Friendly House). 

Et je dois dire d’emblée que pour le restaurant il avait raison : déjà qu'en étant à l'heure de la fermeture pour la pause de midi, ils ont accepté de nous servir, mais en plus le repas a été tout simplement excellent et copieux, au point que nous n’avons pas pu tout manger ! Dommage que je n’ai pas eu l’idée de faire la photo au début du repas, mais les restes sont convaincantes, il me semble ! 

Mais j'anticipe, là! 

Muni de cette carte nous avons commencé notre visite de la ville à travers le Boulevard de la République, en essayant à nous repérer le plus vite possible pour ainsi économiser nos efforts. Pour commencer, notre but était le restaurant, car c’était déjà 14heures  et nous avions faim! Mais ça ne nous a pas empêchés de remarquer la grande cathédrale orthodoxe Saint Démétrius, achevée en 2014 et, un peu plus loin, la célèbre mosquée de Plomb, construite en  1554,dans le quartier musulman traditionnel de la ville, Mangalem. 

Et parce qu'en marchant ainsi  on y était, je veux dire précisément à l'endroit  où le gérant de l’hôtel nous a dit qu’il y avait la meilleure vue sur ce quartier, nous avons profité pour faire quelques films et photos souvenir avant d’aller au restaurant. 

Vu d’en bas, la ville de Berat, se résume à deux collines Mangalem et Gorica,  entre lesquelles courre une rivière, Osum.

Le quartier Mangalem que j'avais devant les yeux ,  sur la rive droite de la rivière, grimpant joyeusement sur une  colline coiffée d’une vaste citadelle  aux impressionnants remparts, me rappelait les villes Andalouses: l’influence ottomane, peut-être? 

Car, après avoir été une forteresse des tribus d'Illyrie, la ville a fait successivement partie de l’empire Roman, puis Byzantin, puis elle devient Bulgare avant d'être occupée par les slaves, pour devenir in fine,  au XVIIe siècle, une des villes les plus importantes de l’Albanie ottomane. 

Pas étonnant donc que ce quartier musulman, avec ses maisons aux façades blanches, aux grandes fenêtres regardant en bas  vers la rivière Osum  et des toits en tuiles rouges, me rappelait les villes de   l’Andalousie…

Pas étonnant non plus que ce quartier, avec le quartier chrétien de Gorica, sur l’autre rive de la rivière et avec la citadelle, la Kalaja,  que nous allons visiter, sont  inscrites dans le  patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008.

Mais, comme je le  disais, notre but immédiat c'était le restaurant, et donc c'était seulement après le repas, repus mais un peu lourds, quand même, que nous avons commencer à visiter vraiment la ville, en montant  vers la forteresse. 

Pour commencer, nous sommes passés devant la façade d’un bâtiment en ruines, d’un style plutôt byzantin, avec deux terrasses aux fines colonnes doriques, lequel s’est avéré  être une partie de l’ancien palais du pacha, (car oui, ici à l'époque ottomane c'était un pachalik , contrairement à Dubrovnik, qui est  resté plus ou moins indépendante, en payant   un tribut)   plus précisément le quartier des femmes. 


Nous avons continué notre périple sur l’ancienne Place du Pacha où,  devant une belle maison en pierre, trône la  statue de Mehmet Ali Pacha Vrioni,  propriétaire terrien et aristocrate albanais du XIXe siècle, grand figure de la lute pour l'autonomie de l'Albanie dans le cadre de l’Empire ottoman. Ce qui me fait supposer  que le palais, et aussi "la porte du pacha" qu’on peut voir à côté,   font référence à lui, vu qu'il été né à Berat. (mais je n’ai pas le temps de vérifier !) 

Apres avoir  jeté  un œil à l’architecture typique de l’hôtel Mangalami et de la Mosquée du Roi (Xhamia e Sulltanit), en face, puis sur celle, beaucoup plus moderne, d'un nouveau hôtel quatre étoiles, le Portik, nous avons  continué notre laborieuse marche vers la forteresse, le long d'une rue commerçante plutôt raide,  flanquée des deux côtés  à son début par des boutiques et autres hôtels. 

Dépassées  les boutiques suivirent des belles villas cossues et un grand  parc où, à travers les arbres, nous pouvions déjà apercevoir les fortifications de la citadelle.  

















Enfin, après non pas 15, comme disent les autres, mais plus de 30 minutes et moult arrêts nécessaires pour reprendre le souffle,  nous voilà devant les majestueuses portes de la forteresse ! Peut-être il aurait été plus sage de prendre un taxi pour y arriver, car apparemment nous avons laissé des forces sur la route, vu que mon mari ne voulait même plus entrer dedans et, de toute façon, une fois entré, il s’est assis sur le premier banc et n’a fait que regarder les environs, sans bouger !

Quant à moi, j’ai soufflé longuement et je me suis dit qu’il ne faut pas que je me laisse abattre et, par conséquence,  je suis partie toute seule pour faire un tour, aussi long que possible !

Et je n’ai pas regretté ! Car,  sans avoir aucune carte et aucun autre guide,  j’ai découvert des choses merveilleuses que je vais essayer de décrire. Même si, bien sûr, je n’ai pas la prétention d’avoir tout vu.
 
La forteresse de Berat, construite dès l’époque romaine sur  la montagne de Mangalem à une altitude de 187 mètres, (seulement ?!!!) , a été détruite et reconstruite à plusieurs reprises. Ce que nous visitons aujourd’hui représente  les vestiges de la forteresse, avec seulement moitié de ses remparts et ses 24 tours décapitées. Quant aux bâtiments à l’intérieur des remparts, la forteresse de Berat étant encore habitée,  il y a encore quelques vestiges de l’ancienne ville qui nous sont parvenus  du Moyen Âge, parmi lesquels des authentiques églises byzantines, deux  minarets de mosquées plus ou moins debout, quelques maisons blanches de l’époque ottomane…

En parenthèse soit dit, sachant  l’effet du joug ottoman sur la foi chrétienne « il est intéressant de noter que la citadelle de Berat est resté majoritairement chrétienne tout au long de l’ère ottomane et qu’elle abritait autrefois jusqu’à 35 églises ». 

En comparant la situation de l’Albanie avec celle de l’actuelle Roumanie sous l’empire Ottoman,  pendant que, dès l’entrée dans la ville de Berat, nous avons vu un monument majeur de l’héritage ottoman, la Mosquée de Plomb et que le fait d’avoir encore des églises dans la citadelle qui surplombe la ville nous étonne, dans les quatre provinces qui constitue l’actuelle Roumanie  (Valachie, Moldavie et Transylvanie– vassales et la Dobroudja qui fit partie de l’Empire)  de tels monuments n’ont jamais existé.  Mais ne vous inquiétez pas, le remps n'est pas perdu: de nos jours nos "élites" roumaines veulent construire à Bucarest "La plus Grande Mosquée d'Europe"! Il faut croire qu'il y a maintenant plus de Musulmans là qu'à l'époque Ottomane!

Pour revenir à mon voyage, pendant que mon mari continuait imperturbable à regarder l’évolution d’un cheval qui faisait le spectacle dans la cour,  à l’entrée de la citadelle  transformée en manège, j’ai commencé ma visite dans le village intérieur de la forteresse, lequel ne me paraissait pas du tout figé dans le temps, comme tout le monde se plaise à le dire. Au contraire, il avait l’air plutôt moderne et adapté à la situation, c’est-à-dire avec des maisons assez modernes,  des bars, des hôtels, des restaurants, de la marchandise artisanale, blouses et vestes « folkloriques » présentées sur les murs et… heureusement, très peu de touristes arpentaient les rues, hormis peut-être ceux  qui  montaient le cheval qui faisait certainement gagner un peu d’argent à son maître… 

Pour ma visite j’ai suivi le mur d’enceinte sur le côté ouest de la citadelle et là je suis  presque immédiatement tombée sur un buste de l’empereur Constantin, lequel me semble être une réplique de la tête du Colosse de Constantin qui est exposée au Musées Capitolins à Rome.

A part le fait que l’empereur fut proclamé saint par l’église catholique et le mérite d’avoir une origine illyrienne, je ne vois pas pourquoi ce buste était là. Et je n'ai pas trouvé son origine non plus!

En avançant encore quelques pas j’ai découvert avec joie les vrais trésors locaux: deux petites et attendrissantes églises orthodoxes byzantines, l’église  Saint Nicolas, du XVIe siècle, que je n’ai pas pu visiter car fermée et surtout l'église Saint-Marie de Blachernae, construite au  XIIIe siècle sur les ruines d’une église du Ve siècle, laquelle contient de  très belles fresques datant  du XVIe siècle.

J’ai su après que ces fresques ont été principalement réalisées par Nicholas Onufri, le fils d’un célèbre peintre d’icônes albanais,  ONUFRI. Certains de leurs œuvres et aussi des œuvres d'autres  peintres iconographiques albanais, peuvent être admirées dans un musée qui porte son nom, situé dans l’ancienne église Sainte-Marie.

Je me suis perdue dans d'étroites ruelles pointues, coupées d’escaliers pavés avec des vieilles pierres entre lesquelles l’herbe laisse parfois la place aux fleurs, encore une petite église, Saint Constantin et Helene, que je ne visite pas et puis la plus grande église de l’enceinte, l’église  Byzantyne du XIIe siècle, Saint Trinité, elle non plus visitable. 

Heureusement il y avait là un merveilleux point de vue sur la ville et le quartier de Gorica un peu plus loin, de l'autre côté de la rivière. 

Encore quelques photos, en étant attentive à mes pas pour ne pas tomber dans le ravin, car mon "point de vue" était bien sûr en haut de la colline Mangalem,  puis j’ai fait demi-tour pour retrouver mon mari. Après quoi, nous sommes descendus en ville et nous sommes allés  à l’hôtel, via la rue Antipatrea, laquelle, je ne sais pas pourquoi, me rappelait un peu les vieilles petites villes des années '60 en Roumanie. 













 




Le lendemain nous avons repris la route,  en direction  d'un monastère situé sur le bord du lac Ohrid, dans la Macédoine du Nord, en traversant de nouveau l’Albanie, ou plutôt Shqipëria, le « pays des aigles ».

La route était excellente, même s'il ne s'agissait que d'une série de routes nationales (shtetërore) SH72, Sh91... et non d'une autoroute.

 Les villages que nous traversions avaient l’air propres, les terrains agricoles  soignés, des spectaculaires villas, avec une architecture hybride, entre château et maison traditionnelle, d’où ma conclusion, je reconnais un peu hâtive, que le sud de l’Albanie est plus « civilisé »  que le nord. Nous dépassons Kajan, Bels, nous traversons la rivière Lumi et nous arrivons à Elbasan où je peux même photographier à travers le parebrise l’église orthodoxe Saint- Nicolas. 

Décidément, l’Albanie a l’air d’être un vrai bastion de la tolérance religieuse !

Nous continuons notre route vers Kafasan, à la frontière avec la Macédoine de Nord, en suivant le cours de la rivière Lumi-Shkumbin, entre les massifs de Shebenik et Valamaraë. Le paysage est bien sûr époustouflant !














Nous attendons presque 30’ à la frontière, après quoi nous partons vers notre monastère, plus précisément, Saint Naum d'Ohrid. 

 




La conclusion de ce voyage en Albanie ? Pour commencer, il a été beaucoup trop court pour tirer des conclusions valables sur un pays,  si différent, malgré tout, des autres pays des Balkans, et en particulier de mon pays natal, la Roumanie. 

Il a l’apparence d’un pays comme les autres, bien sûr peut être un peu plus pauvre, mais avec des gens très accueillants et toujours prêts à rendre services. Mais c'est toujours comme ça dans les pays "plus pauvres", n'est-ce pas? 

Pourtant, comment expliquer ce que les reportages TV nous montrent, ces coutumes tribales, d’une autre époque, encore présentes ?!

Même sa langue officielle, l’Albanais, issue des langues paléo-balkaniques, est si différente des toutes les autres langues actuelles qui l’entourent,  que les linguistes n’arrivent pas à se mettre d’accord: entre ceux qui considèrent que  les langues albanaise et illyrienne sont issues « directement » l'une de l'autre et les autres qui disent que les deux langues n’ont rien en commun il n'y a pas de consensus.

 Depuis longtemps je sais qu’un pays, pour vraiment le connaitre, il faut y vivre et travailler un bon moment. Et encore...

Pour des pays qui ressemblent à ce que je connais, c’est plus facile, je vois dès les premières conversations, même en utilisant l’anglais, par exemple, qu’on se comprenne, qu’on parle « la même langue ». Comme avec le chauffeur de taxi à Split, par exemple.

 C’est vrai, j’ai eu la même impression avec le gérant d’hôtel à Berat. Mais pas à Kruje, où je ne sais pas pourquoi on nous a donné des fausses indications. Vous diriez que ça peut arriver aussi en France, si on rencontre quelqu’un de malicieux.

 Oui, et c’est pour ça que je dis que je ne peux pas juger.

 D’autant plus que je n’ai fait que visiter en courant deux des principales villes du pays ! 

Pompei
Rome2.. suivre

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