mercredi 26 novembre 2008

VI.Mexican Hat, Bluff- Capitol Reef- A Journey Through Time Scenic Byway

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je n’ai jamais parlé ou presque des hôtels où nous avons dormi ou des restaurants ou nous avons mangé. Et ça pour plusieurs raisons. Premièrement, ça n’intéresse pas trop. Puis, je savais plus ou moins comment ça devrait être, care c’est toujours comme ça aux USA : des chambres assez grandes, avec deux lits confortables, plus confortables même qu’en Europe, salle de bain avec douche, sèche cheveux savonnette &co. Cafetière, café et thé, petit déjeuner consistent, etc.. Le plus, par comparaison à la visite de 1996, l’ordinateur avec accès gratuit à l’Internet installé dans le hall (le lobby). Quant aux restaurants, pour midi et soir (eh oui, pension complète, car plus commode) presque toujours des self-services, avec un grand nombre de salades, plats et desserts aux choix, thé, coca-cola ou l’eau comme boissons, car l’alcool était généralement interdit dans les régions que nous avons visitées !


Par contre, à Bluff, la ville des deux rochers « amoureux » de l’Utah, (bé oui, nous sommes dans la région des quatre coins, i.e. Four Corners: déjà que la Monument Valley est à cheval sur les deux états, nous avons passé de l’Arizona à l’Utah et vice-versa plusieurs fois, mais là, nous arrivons illico - presto chez les vrais mormons, qu’est ce que vous croyez ?!), c’était un peu plus spécial, donc je tiens à raconter. Pour commencer, nous étions logés dans un hôtel avec un nom et une enseigne très sympathique, Kokopelli, que je n’arrive pas à localiser sur Google Earth, because la mauvaise localisation des indicateurs. Mais la vraie surprise a été le dîner : nous sommes allés à pied jusqu’au restaurant, ce qu’est arrivé, si je me souviens bien, seulement deux autres fois, à Window Rock et à Las Vegas ! Le restaurant, un vrai « saloon » avec une terrasse noyée dans la verdure (le fameux cottonwood !) à la déco cow-boy, qui reproduit une ville sur la route de l’or, avec la boutique du dentiste, le boulanger, &co. divers outils et têtes d’animaux sur les parois, et des bottes pour boire la bière ou en guise de vases pour les fleurs, c’était vraiment quelque chose ! CottonWood Steackhouse c’est son nom, et nous avons mangé ici un vraiment bon steak grillé accompagné de soissons et autres frites et où, à la fin, nous avons reçu en cadeau les bandanas qui faisaient office de serviettes de table!



Mais je ferme cette parenthèse pour reprendre la route. Surtout qu’elle est vraiment superbe cette route, très pittoresque, par endroit époustouflante même, les couleurs des montagnes changeant au fur et à mesure que nous entrons sur la marche suivante du Grand Escalier.

Sur notre gauche, à travers des falaises rougeâtres, nous pouvons d’un temps à l’autre apercevoir le lac Powell sur sa partie nord-est, tandis que sur la droite le rouge vermillon cède la place aux diverses nuances du calcaire ou plutôt de la Calcite (carbonate de calcium), blanc, jaune, orange, rose, gris, au gré de métaux de transition qui s’ajoutent au calcium de sa composition. Lequel calcaire ou calcite se plie avec plus de sollicitude au bon vouloir des rivières, en générant ainsi des paysages encore plus dentelés et plus dramatiques.

Nous avons traversé Cottonwood Wash, dépassé les Montagnes Butler Wash avec les Ruines Indiennes, ce sont l’omniprésent Colorado et ses affluents qui nous accompagnent depuis un bon moment sur notre droite. Nous sommes dans le pays des canyons profonds, étroits et tordus, avec des dômes massifs, des hauts rochers et des falaises de grès Navajo, variant du rouge au blanc. Fry Canyon, Butler, Cheesebox (laquelle boîte de fromage j’ai réussi même à la photographier par la fenêtre du bus) &co. et surtout le Canyon Blanc (White Canyon), une large vallée blanche, parsemée du vert des trembles, où cottonwoods, qui s’ajoutent aux autres folles herbes, bordée de ses hautes falaises toujours rouges, avec une gorge étroite au milieu. Ce sont les gorges du Colorado, que nous traversons même sur le fameux Hite Bridge, suivi immédiatement d’un autre pont, au-dessus de son affluent endiablé, le Dirty Devil River, qui se déverse un peu plus loin dans le nord-ouest du Lac Powell. Justement, nous nous arrêtons ici juste pour faire des photos et admirer pour la dernière fois le Glen Canyon avec son beau Lac Powell, que nous venons de quitter définitivement..

Car vous avez compris ? Après avoir sorti de Bluff sur la UT-191, à 4.3 miles au sud de Blanding, avec le Natural Bridges National Monument, nous sommes, depuis maintenant presque deux heures et 121 miles (195 km), sur la I95, qui fait parti du « Trail of the Ancients », i.e « Le Chemin des Anciens », une route qui traverse (au propre, car inscrite sur les parois, avec toute une ribambelle de pétroglyphes et pétrographes) l’histoire des Natives américains de la Région de Quatre Coins (Scenic drive through the Natives américains history of the Four Corners region), faisant aussi partie du lot des National Scenic Byway de l’Amérique, du à ses « archeological, cultural, historic, natural, recreational, and/or scenic qualities ».
Nous continuons sur cette superbe route en direction de Hanskville, en remontant le cours de Dirty Devil River, avec la Montagne Henry sur notre gauche, Bur Desert et les roches comme un bourrelet (bentonite ?) orientées nord-sud, finissant quelque part dans le parc de Capitol Reef et nous nous arrêtons de nouveau pour faire, cette fois, une vraie pause, i.e. pas seulement pause photos, dans une aire de repos à Hog Springs, un endroit très beau pourvu d’une grande et propre « cabane au fond du jardin », sans eau courante, bien sûr, des ponts et passerelles en bois, plus des pavillons, des tables &co..

Je mets ici quelques images, même si parfois elles sont de très mauvaise qualité, en étant faites à travers les vitres du car. Quand même, j’espère qu’elles suggèrent un peu ce que c’est cette « route panoramique » entre Bluff et Capitol Reef !



Après Hanksville et le paysage dont la ressemblance à la planète Mars a déterminé même l’établissement dans les environs de la station de recherche concernant le désert de la planète Rouge, notre route devient SR-24 . Nous sommes donc toujours sur une route « scénique », plus précisément, sur la « Capitol Reef Scenic Byway », mais cette fois ce n’est pas une route nationale mais une route qui fait partie du programme « Scenic » de l’état d’Utah (Utah Scenic Bywaysprogram, dont l’enseigne comporte une ruche, car comme on sait, les mormons sont travailleurs comme les abeilles)…


Cette nouvelle route traverse de l’est à l’ouest le Waterpocket Fold, la colonne vertébrale du parc national de Capitol Reef, permettant ainsi d'avoir un aperçu de ce plissement gigantesque de la croûte terrestre, qui serpente sur 160 km entreThousand Lake Mountain et le Colorado (maintenant le lac Powell). Le parc a été créé justement pour la protection de cette formation géologique impressionnante, avec des canyons profonds, des hauts rochers, des buttes, des monolithes, des dômes massifs en grès blanc Navajo souligné par des minces couches brisées en grès Kayenta, se dressant fièrement au-dessus des murs infranchissables (les Reefs, ou Récifs des premiers colons, anciens marins probablement) en grés Wingate, nous offrant ainsi des dégradés allant du rouge jusqu’à l’orange pale.

Remarquez, après ce voyage je reste avec une vraie fascination pour la géologie, mais tranquillisez-vous, je ne vais pas commencer, comme notre chère guide, Catherine, à vous saouler avec tous les jurassique, triasique et autres permiens. Si vous voulez vraiment tout connaître sur les théories géologiques en vogue en ce moment (car je vous avertis, elles peuvent changer, au gré de l'avancée de la science) vous pouvez aller sur Internet: pour commencer dans wikipedia.org vous pouvez trouver tout ce qu'il faut!

Nous entrons dans le Fremont Canyon, une de ses rares parties verdoyantes du Capitol Reef, région plutôt désertique, autrement, car depuis Hanskville la route suit le cours de la rivière Frémont jusqu’à Torrey, en passant par Caineville et Fruita, avec ses célèbres vergers et sa petite école, deux villes fondées par les mormons qui y se sont installés dans les années 1880. Mais, comme je l’ai déjà dit, avant les mormons, au début du millénaire, la vallée a été habitée par des indiens, qui ont gravé leur passage en pierre, donnant ainsi, avec leur pétroglyphes, un nom à l’une des cultures de la préhistoire, la culture Frémont.

Toute cette histoire, qui s’ajoute à la beauté du paysage, s’impose à nous dans cette vallée bénie, bordée par des rochers dont la forme et les couleurs n’ont pas de cesse à nous étonner. Je n’arrêts pas de photographier, à travers les vitres du car -la petite cabane Behunin (la maison en pierre, par manque de bois, avec de la boue à la place du mortier: étant à l’évidence trop petite pour tous les dix 10 membres de la famille, "les filles dormaient dans un chariot bâché, et les garçons dans une anfractuosité du rocher" !) ou des voitures anciennes en vadrouille- et dans les points d’arrêts convenus, pour les Dômes du Capitol Reef, les pétroglyphes, des petits ETs et autres animaux bizarres dessinés sur les parois rocheuses du canyon, gravés dans le grès ou dans le « Vernis du Désert », ("desert varnish", la pellicule sombre formée sur les parois de grès on ne sait pas trop pourquoi et comment, dépôts laissés par la pluie, oxydation ?), puis à Fruita, pour la petite école mormone, (old fruits schoolhouse), ou les quelques chevreuils qui traversent insouciantes la route, en nous ignorant royalement … Voilà encore quelques photos, pour compléter celles que j’ai mis ici.


Enfin, fatigués et affamés, nous arrivons pour le déjeuner dans notre restaurant de Torrey, où, à part le repas bon et copieux (si, si !) nous avons l’occasion de regarder bouche bée un group de femmes mormones avec leurs longues robes sans formes, tout droit sorties du moyen age, après quoi, direction Bryce Canyon National Park, sur une route de toute beauté, classée au hit parade des 10 premières les plus belles du pays, la célèbre Utah Scenic Byway no12, ("Highway 12 — A Journey Through Time Scenic Byway" ).

Pour commencer, nous laissons derrière nous les canyons et les falaises en grès du Capitol Reef et, après avoir traversé la petite localité Grover, nous grimpons vers les imposantes Montagnes Henry et Navajo en traversant une zone boisée, la « Dixie National Forest », dans un paysage enfin familier, où les belles couleurs d’automne des fameux aspens tranchent sur le vert des épicéas. Pas pour longtemps, car, au fur et à mesure que nous avançons vers un col hissé entre les montagnes à quelques 9200 pieds au-dessus de la mer, la végétation redevient rare, des armoises et des pins pignon remplaçant les fameux cottonwoods.

La route est creusée maintenant aux flancs de la Montagne de Boulder, assise sur le plateau du Verseau (Aquarius Plateau), un de plus haut plateau du continent américain. Nous traversons aux pas de course la petite ville de Boulder où, la journée étant déjà beaucoup trop chargée, nous ne nous arrêtons pas pour visiter l’ « Anasazi Indian Village State Historical monument », (et puis, à vrai dire, nous avons eu déjà nos visites antérieures dans des villages et musées indiens), à la sortie un paneau indique le fait que nous traversons le Grand Staircase-Escalante National Monument et le paysage devient exceptionnellement dramatique. Dans cette zone, connue sous le nom de Hogsback, la route serpent aérienne sur presque 50 km au-dessus des précipices vertigineux, sur une crête très étroite, avec seulement un ou deux mètres de chaque côté. Depuis un bon moment les creeks se bousculent avec empressement autant à gauche que sur notre droite, Oak et Boulder Creek et, surtout, Calf Creek. Nous nous arrêtons de nouveau dans une de ce « scenic tournant» pour admirer et photographier plus à l’aise le moutonnement des dômes fendu au milieu par le canyon d’une rivière, (Esscalante ?), ce paysage lunaire finement coloré, le blanc qui vire vers orange pale du grès Navajo, parfois avec du beige ou brun et même du rouge vers les fonds des canyons, paysage parsemé ici là du vert des quelques genévriers et autres armoises qui se forcent à pousser quand même ici et là, particularité qui le rend aisément reconnaissable même sur les images par satellite de Google Earth.

Je profite pour glisser ici juste encore quelques phrases « scientifiques » pour expliquer ce que signifie le « Grand Escalier », ou «Grand Staircase »: c’est une théorie lancée par le géologue Clarence Dutton dans les années 1870 concernant la séquence de couches géologiques de roches sédimentaires qui s’étendent du nord du Grand Canyon, vers le Parc national Zion pour finir au Parc National du Bryce Canyon. Ces couches forment un escalier énorme qui monte du fond du Grand Canyon vers le nord, pour finir à Bryce Canyon, avec le bord de falaise de chaque couche formant des marches géantes vers la suivante, de la plus vieille la plus jeune, dans l’ordre suivant :

· falaise chocolat
· falaise vermillon
· falaise blanche
· falaise grise
· falaise Rose

Sur l’échelle du temps, la distance entre les marches se mesure en millions d’années, en montant toujours dans le même sens. Par exemple, les roches exposées dans Bryce Canyon sont environ 100 millions d'années plus jeunes que ceux du Parc national Zion voisin et les roches exposées dans Zion sont plus jeunes que ceux du Grand Canyon, au sud. Des unités de roche plus jeunes, s'ils ont jamais existé, ont été enlevées par l'érosion.

En partant du Grand Canyon vers Bryce Canyon, via Capitol Reef, (le « récif » dont les dômes se ressemblent à se méprendre avec les dômes du Capitole, construit en Grés Navajo à Washington, d’où le nom, justement), nous avons pratiquement remonté l’escalier, dans le temps (en partant des plus vieilles coches, vers les plus jeunes, les roses) et dans l’espace, de 1500m, vers 2700m, les couleurs changeant au fur et à mesure, d’une manière explicite par endroit, comme au lac Powell, par exemple !


Après le « Haymaker Bench » et Calf Creek la Scenic Byway 12 traverse la rivière Escalante, (encore un affluent du Colorado) que nous avons pu voir en contre-bas, puis la localité homonyme, assez grande pour avoir un Lycée et où je vois le panneau qui indique la diréction du Escalante Petrified Forest State Park. Enfin deux villages bien modestes, Henrienville et Cannonville, puis la Vallée du Tropic avec Bryce Canyon City, où nous voyons même un ranch, où, dit-on, il a des rodéos en partant du mois de mai jusqu'au mois de septembre : c’est clair, nous sommes vraiment en Amérique profonde, avec des vrais cow-boys &co..

C’est 18.45 ou 17.45 , c’est selon (été ou hiver, Utah ou Arizona?) quand nous arrivons enfin à BryceCanyon. Éblouissant ! Nous restons carrément sans voix ! Du jamais vu et même je ne savais pas que quelques chose comme ça existe dans ce monde ! Et dire que j’aurais pu même mourir sans le savoir !

.. la suite, ici!

dimanche 16 novembre 2008

V.Antelope Canyon-Navajo National Monument-Monument valley

Antelope Canyon

Comme je vous disais, je ne connaissais presque rien concernant notre parcours quand je nous ai inscrits dans ce voyage. Je savais seulement que le Grand Canyon est un site gigantesque, mais pour le reste, les images et les informations reçus dans divers reportages télé, des gens avançant sur un pont en verre ( ?) pour contempler un abîme, ou, pire encore, la consommation à outrance, je parle of course de Las Vegas, étaient plutôt rédhibitoires! Je n’aurais pas supposé, ni dans mes plus folles espérances, que je vais voir des sites aussi spectaculaires et, surtout, aussi incroyablement belles, et quand je dis ça je mesure mes mots, en ayant dans ma tête les Gorges du Tarn, ou la Sierra Nevada en Espagne, le Chaos de Montpellier le Vieux, (que nous avons vu juste avant le départ, pour « nous préparer » au Grand Canyon) et autres merveilles que j’ai pu voir au cours du temps en France ou ailleurs, sur les trois continents que j’ai déjà visités (Europe, avec la Roumanie, la France, l’Espagne, Italie, Suisse, Allemagne Est, Tchécoslovaquie, avec les High Tatras, Danemark, Belgique et j’en passe, l’Amérique, avec Le Canada et … les USA, Yosemite Parc&co et enfin, la Chine, avec sa Grande Muraille, en Asie).

Un de ces sites exceptionnels a été le Canyon de l’Antilope, lieu sacré des Navajo, leur religion étant fondée sur le culte des vents et des cours d'eau. C’est un canyon « de fente » (slot) (i.e. très étroit, beaucoup plus profond, que large : Le sommet mesure par endroits moins de 80 cm de large pour une profondeur de plus de 30 mètres) creusée dans le grès par le vent et par l'eau, qui devient parfois ici mortellement dangereuse.

Ce canyon ne faisait pas partie de notre programme mais, je ne sais plus comment (à la suggestion de notre guide, où à la demande de certains d’entre nous, mieux informés et qui n’étaient pas à leur première visite dans ces contrés) il nous a été proposé en option (comme le vol en avion sur le lac Powell, or le vol en hélicoptère au Grand Canyon, ou encore une belle surprise à Las Vegas) pendant le voyage. Comme, dés le début, mon mari et moi nous avons décidé de prendre toutes les options supplémentaires qui nous sont proposés, nous voilà montés dans une jeep conduite adroitement par une Indienne Navajo, chevauchant à travers un désert de sable rouge: ce monument appartient au indiens Navajo qui sont seuls habilités à le faire visiter.



J’étais aux anges ! Encore plus au retour, quand j’ai cédé ma place dans la cabine pour une place à l’arrière de la jeep.

Antelope Canyon inclus deux parties différentes:

La partie Haute, à droite de la route, i.e. Upper Antelope Canyon ou the Crack (Tse Bighanilinio), ce qui veut dire "l'endroit où l'eau passe en courant dans des roches ”), altitude 1200m, la partie la plus facile à visiter, que par ailleurs nous avons choisi.

Et la partie Basse, Lower Antelope Canyon or The Corkscrew, or encore, Hasdestwazi, or "spiral rock arches.", après les Indiens Navajo, plus difficile d’accès et que nous avons laissé pour les… djeuns.

Le sommet du Canyon mesure par endroits moins de 80 cm de large pour une profondeur de plus de 30 mètres et son intérêt tout particulier consiste dans ses couleurs spectaculaires, dues à la lumière qui se reflète sur les parois à certains moments de la journée, mais aussi au mystère et à la poésie mystique qui plane autour de lui, mystère et poésie qui sont cultivés ( savamment ?) par les Indiens Navajo qui nous guident. Notre propre guide, un jeun Indien (beau comme un mannequin et même mannequin à ses heures, nous dit notre Catherine nationale avec une gourmandise certaine) nous explique longuement et passionnément l’importance du canyon pour son peuple, comment ils font une pause avant d'entrer, pour se préparer à ce que doit être une expérience spirituelle, car pour eux « entrer dans l’Antelope Canyon est comme entrer dans une cathédrale ».

Il nous parle longuement de la philosophie de son peuple, qui croit en l'harmonie entre les éléments de l'univers, dans le partage, dans le respect des anciens, etc. Au retour, avant de sortir du canyon, dans un endroit stratégique, avec la meilleure acoustique, il nous à joué à la flûte une musique des « Rêves Sacrés » (voir le CD du Scott August) : nous étions ainsi définitivement conquis, quoique je croie qu’en apprenant son amour pour la France, du à un stage de perfectionnement dans le tourisme fait il y a quelques années à Toulouse, nous l’étions de toute façon dès le début. Et même avant encore, préparés comme nous étions déjà par Catherine.


Quant à moi, j’ai pris mon temps à traverser le canyon, en me forçant d’être toujours soit avant, soit bien derrière le group, pour rester un peu seule, pour mieux me recueillir et aussi pour ne pas engloutir la poussière rouge, qui forcément montait dans l’étroit canyon sous nos pas. En touchant les murs et en regardant vers les merveilleuses couleurs au-dessus de ma tête, pour m’imprégner de cette atmosphère étrange et de cette beauté… Je me suis si bien imprégnée qu’à la fin, en écoutant la musique lancinante de la flûte, qui me rappelait (encore une fois !) Certaines musiques folkloriques de Roumanie (bucium, flûte de Pan, et autres), j’ai même pas pu m’abstenir de pleurer à chaudes larmes.

D’un coup, à la fin, avant de monter dans la jeep, je me suis vite rempli (à l’aide de notre beau Navajo, je tiens à le souligner) une bouteille en plastique avec le sable rougeâtre du canyon, et maintenant, à la maison, en regardant ce sable, tout ce vécu revient instamment et délicieusement dans ma mémoire…



Navajo National Monument.


Après cette visite nous prenons la route 98, Navajo Montagne Road, vers Kaibeto, puis nous tournons à gauche vers Kayenta, une des localités les plus peuplés de la réserve Navajo, en passant à côté de la Mesa Noire (Black Mesa), avec ses mines de charbons, et de nouveau à gauche, sur 564, vers le « Navajo National Monument ».

Ici nous parcourons les 1.6km du Sandal Trail, un chemin en bitume bien entretenu, avec des belles passerelles et ponts en bois ou en pierres, vers les falaises hautes de 170m du Canyon Betatakin (« la maison sous la corniche »)pour regarder les ruines d’un village indien.

Le parcours me semble exceptionnel, un vrai jardin d’une beauté époustouflante, avec des vues spectaculaires vers les canyons qui l’entourent, avec une flore riche et variée : les Indian Paintbrush, ( Desert Paintbrush i.e. Castilleja chromosa), les cactus Opuntia (Beavertail ou Prickly Pear Cactus), les yucas et les armoises côtoient les trembles, les pins Douglas et autres érables negundo…


« C’est là que j’aimerais poser ma tente ! » je me suis dit en ne voulant plus quitter les lieux … A la sortie, nous voyons un hogan, une « iourte » faite en rondins de cèdre imputrescibles et de terre, avec un trou au sommet pour évacuer la fumée, l’habitat traditionnel des Indiens Navajo, écologique et ergonomique aux souhaits, frais en été et chaud en hiver.

Nous continuons notre trajet en reprenant la route vers Kayenta que nous dépassons allégrement, pareils pour les deux rochers, Agathlan ou Agathla, (le massif volcanique qui doit son nom actuel, El Capitan, à Kit Carson) et « La dame à la Crinoline» et d’un coup nous nous apercevons avec ravissement que le paysage qui défile autour est exactement le même que celui dans lequel John Wayne évolue, dans le chef d’œuvre de John Ford et du western en général que notre guide nous fait passer depuis le matin à la télé dans le car : «La prisonnière du désert» (en original "The Searchers")! Ca a été un moment tellement magique qu’une fois à la maison mon mari a aussitôt acheté le DVD, via Internet!


Monument Valley



Rien à dire, ici nous sommes vraiment en plein dedans. D’ailleurs, c’est John Ford lui-même, avec ses films, qui l’a rendu célèbre et a fait que la vallée soit de nos jours une grande attraction touristique de l’Ouest américain. Je trouve l’histoire assez impressionnante, par conséquent je vais la raconter :

en 1938 le trader Harry Goulding , (dont le comptoir peut être encore visité sur place) , touché par l’extrême pauvreté des indiens ( à cause de la grande récession, le commerce avec leur marchandise ne rapportait guère) alla trouver John Ford avec des photos de la vallée et le convainquit de tourner le western " Stagecoach " dans ces lieux. Ce fut le premier des neufs films que John Ford tourna dans ce cadre. Le succès fut immédiat et depuis l'exploitation touristique du site, géré par les Navajo eux-mêmes, leur assure un revenu économique, dont toute la communauté profite. Pour les films aussi, d’autres réalisateurs ont suivi depuis...


Par contre, je dois dire que ma descente à terre a été un peu décevante. Ce n’est pas que j’aime plus le virtuel que le réel, mais peut être nous aurions du faire une pause après la beauté des sites visités le matin ? Déjà que c’était assez tard, plus de 14 heures, si je ne me trompe pas, et l’estomaque poussait des grands cris de détresse !

Mais, pour commencer, avant d’aller vers le fameux « déjeuner barbecue Navajo » nous avions besoin d’aller au petit coin et le WC « civilisé » était temporairement fermé. D’un coup il a fallu aller dans la … cabane au fond du jardin et là, je ne vous dis pas la catà, avec tous ses touristes qui, de toute évidence, avaient … la tourista, et pas d’eau courante, rien, bonjour tristesse ! Pas trop triste, quand même, car j’étais crevée de rire : pour faire une blague, j’ai dit aux autres que la guide, qui s’y dirigeait, nous appelle, et je peux vous dire qu’à voir tout ce monde se presser dans la direction de ces toilettes en air libre, où il y avait déjà une grande queue… c’était quelques chose, lol…

Parking et WC au Centre visiteurs. Hop là, roule ma poule.


Finalement nous sommes montés dans un véhicule tout terrain et nous voilà sur la « Valley Drive », mais ni l’approche du repas, ni notre chauffeur et guide Navajo, Jim Dine, (apparemment « Dine » signifie peuple dans la langue des Navajo) le rigolo qui essayait de nous dérider avec ses "En voiture, Simone !", " Ça roule ma poule !", et des "Hop, là !!" chaque fois qu’il nous secouait trop fort, n’a pas réussi à m’amuser. Et je dois avouer honteusement que, occupée comme j’étais à protéger mes yeux et ma bouche de la poussière montée en grandes vagues par le vent du désert et par les nombreux véhicules qui parcouraient en tous les sens cette « Valley Drive », je n’ai pas réagi quand il essayait à nous apprendre sa langue, avec des mots imprononçables comme - Yá'át'ééh ! [Bonjour !]- Ahééhee [Merci]- Ndaga' [Non]ou encore - AOO ' [Oui] et - Hágoónee ' ! [Au revoir !] et pourtant, d’habitude je suis la première à participer, mais là tout me semblait d’un coup pénible, surtout la vie des Indiens eux même, obligés de faire toujours les clowns pour des touristes plus ou moins indifférents…


Je vous mets ici deux photos, la carte de la vallée et une photo par satellite de l'endroit où nous avons mangé. Si vous cliquez dessus vous pouvez les agrandir.


Heureusement que j’ai réussi à faire pas mal des photos, et non seulement aux divers points d’arrêts, mais aussi dans le 4x4, en roulant sur notre route de 17 miles : maintenant je suis trop contente de les regarder et puis, finalement c’est exactement ce site qu’obtient le plus de succès auprès de mon publique…

Ainsi, j'ai pris des photos des deux Mittens et de la Butte Merrick, de Trois Sœurs, à côté de Mitchell Mesa (à propos, Mitchell et Merrick étaient deux soldats tués par les Indiens à cause de leurs imprudente recherche d’argent dans des lieux sacrés) plusieurs dans le célèbre John Ford Point, (où nous reconnaissons immédiatement le paysage où John Wayne prenait la pose sur son cheval, mais d’ailleurs ce n’était pas sorcier, il y avait là un indien qui n’attendait que ça : qu’un touriste veuille faire de même ! Pour 10 $ on pouvait même monter sur son cheval pour la pose. Je ne l’ai pas fait. Et non tant par peur de ridicule, que par peur de cheval). Comme je n’ai pas trop regardé les bijoux et les attrapes-rêves que les Indiens vendaient dans chaque point d’arrêt : je préférais regarder le paysage. Aussi au déjeuner barbecue, que nous avons pris dans un endroit aménagé entre les Buttes du Chameau, de l’Eléphant (Eléphant Butte) et Cly, (sous la dernière un chef indien étant enterré avec tout son avoir) un endroit qu’on peu facilement reconnaître dans le film de John Ford. Regarder d’ailleurs la photo de John Wayne dans le film "The Searchers”, devant Cly Butte : Ethan rumineant sa soif de vengeance après la découverte du corps de Lucie, tuée par les Comanches. On est en plein dedans, je vous dis ! Dommage que je ne savais pas, pour mieux cadrer la mienne.

A propos de tous ces noms des messa et des buttes. Comme dans tous les endroits du monde quand ils ont nommé les choses, ici aussi les gens se sont forcés à trouver des ressemblances entre les rochers et les humains où les animaux, plus généralement, avec d’autres objets connus (voir les Mittens) ou même des déités, pour donner des noms aux massifs. La seule différence avec d’autres endroits du monde consiste dans le fait qu’ici parfois les choses ont deux noms, un d’origine, indien, et un autre donné par les nouveaux arrivants, espagnols ou anglais ! Et puis, vu la particularité des lieux, ici ils ont eu du travail, les uns comme les autres ! Car la vallée, qui fait partie du plateau de Colorado, est un terrain plat, érodé, couvert de sable orange, comme pour mieux mettre en valeur la multitude de buttes-témoins qui émergent de l’étendue désertique. Des buttes en grès massif, d’un rouge brunâtre, du à l’oxyde de fer, avec de vagues bleu-gris de manganèse qui entre dans sa composition qui ont fait que les Navajo nomment l'endroit Tsé Bii' Ndzisgaii, la vallée des rocs.

Mais reprenons le récit : le déjeuner Navajo, constitué principalement d’une galette de farine de mais, haricots rouges et autres crudités, et peut être (je ne me souviens pas !) d’un hamburger aussi, le tout accompagné d’un seul verre de thé, l'alcool étant strictement interdit dans les réserves indiennes. Pas la chance, en étant les derniers, nous avons pris ce que restait : le dernier thé et les tables en plein soleil. Quoique, pour les tables, moi j’adore le soleil, quant à mon malade de mari pour lequel je me faisais des soucis, s’il aurait voulu, il y avait une petite place à la table d’un autre group des Français, à l’abri !

Point d’arrêt : un Indien dans sa boutique. Le déjeuner barbecue.
Vendre l’authenticité ? "The Searchers: John Wayne devant Cly Butte.
Barbecue : Eléphant Mesa Barbecue : Cly Mesa

Enfin, après ce repas "copieux", nous reprenons notre route, pardon, notre Valley Drive, en contournant Rain God Mesa (la mesa du dieu de la pluie) et en passant par la Thunderbird Valley (tient, le massif porte le nom de mon oiseau de bijou !) la vitesse du véhicule me laisse quand même le temps de faire des belles photos vers Yei Bi Chei et le Totems Pole, mais ce n’était pas la peine, car nous nous arrêtons dans un autre célèbre point de vue toujours à côté de Rain God Mesa, entre la Spearhead et Cly Mesa, où nous avons tout le loisir de les photographier ! Je prends même encore une fois une belle photo de mon Cly Butte préféré, et plusieurs de cette vue splendide vers le Totem Pole, des colonnes tendus vers le ciel faisant face à une impressionnante mesa (en fait plusieurs mesa: un bord de Hunt’s Mesa, Yei Bi Chei et Tsé Bii' Yazzie, mais la perspective lointaine n’en fait qu’une !) qui se profilent rougeâtres entre le bleu intense du ciel et le vert de la maigre végétation du désert, ponctuée ici et là par l’orange ou même le presque rouge du sable, et nous voilà de nouveau en route. Pas pour longtemps, juste jusqu’à la Fenêtre du Nord, entre la Cly et l’Eléphant Mesa, pour avoir une autre vue célèbre, dit-on, car moi et les westerns, ça fait presque deux. Quoique, maintenant je peux dire que j’ai vu au moins un, « La prisonnière du désert », lol…

Après cet arrêt nous avons repris la route vers le centre des visiteurs, à travers la Vallée de Mystère, (ainsi nommée à cause de la disparition inexpliquée des tribus préhistoriques, Anasazi &co., qui habitaient ici avant 1300) pour passer un peu plus prés d’autres vraiment impressionnantes buttes et mesas, le Grand Indien, le Roi sur son Trône, La Sentinelle, Le Château, l’Ours et le lièvre, et j’en passe. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a rien autour que des rochers qui sortent de la terre, isolés, avec des formes si bien dessinées sur le bleu du ciel qu’on peut leur trouver facilement des ressemblances. Et même les photographier, tant qu’on y est : au moins le vehicule tout terrain n’a pas des vitres pour gacher les photos, et quand il ne chahute pas trop, elles sont même réussies ! Dommage que nous n’ayons pas vu un coucher de soleil, mais je peux m’imaginer le rouge flamboyant des rochers en voyant leurs couleurs en plein jour !



Les trois sœurs. John Ford Point
Totem Pole et Yei Bi Chei Mesa Cly Mesa
North Window, entre Eléphant et Cly Mesa La Sentinelle, Le grand Indien, Saddleback Mesa et Le Roi sur son Thrône


Enfin, nous quittons le site et nous partons dare-dare vers Bluff et notre hôtel Kokopelli. Sur le trajet j’ai le temps de faire deux belles photos du car avec le Mexican Hat, le chapeau mexicain qui se profile joyeusement sur les bad-lands. Quel voyage! Quel voyage épique!



....la suite, ici!